Coups de coeur
Souvenir amer 

Au printemps dernier, des élèves de 3e et 4e secondaire de l’école secondaire Cap-Jeunesse ont participé au projet « Expérience dominicaine ». Ce voyage leur a permis de s’ouvrir sur des réalités parfois difficiles, loin de celles qui animent leur vie quotidienne.

Nous désirons partager avec vous le témoignage d’Alexandre Thouin-Peltier pour qui cette expérience s’est avérée un vrai choc des cultures.

Alexandre Thouin-Peltier

SOUVENIR AMER

Je me sens un peu comme un journaliste de guerre, celui qu’on regarde à la télé avec indifférence. Les émotions, notre groupe les a vécues sur le site et un souvenir amer nous habite depuis.

Tout d’abord, ce bidonville se situe dans la ville de Santo Domingo. Déjà dans la ville, on voit nettement que le niveau de vie est inférieur au nôtre. Plus on s’approche du bidonville, la désolation s’installe. Le bidonville est habité par environ 70 000 Dominicains tous plus pauvres les uns que les autres.

En entrant dans ces petites ruelles bordées de cabanes construites avec ce qu’on trouve dans les ordures, on se sent comme des voyeurs et on nous fait comprendre que « Los Américanos » ne sont pas les bienvenus.

Les habitants n’y vivent pas, ils y survivent. Démunis de tous les services essentiels comme les nôtres : eau en abondance, cueillette d’ordure, etc.

Il y a des ordures partout sur notre passage. Des odeurs désagréables, des enfants jouant avec rien, au milieu de rien. Des familles nombreuses entassées dans des espaces insalubres. Des regards accusateurs, des regards tristes nous fusillent. On ne peut pas être indifférent et on se demande pourquoi? Pourquoi c’est comme ça? Pourquoi moi j’ai tout et en désire encore plus? Pourquoi le gouvernement n’intervient-il pas? Pourquoi? Pourquoi?

Combien de temps avons-nous passé à circuler en silence dans ce mauvais rêve? Je l’ignore, mais je peux dire que pour moi, c’était une éternité. On en ressort étourdi, triste, on se sent coupable, égoïste et impuissant.

Des organismes subventionnent de petites écoles afin de donner une formation primaire à quelques enfants choisis parmi des centaines. C’est minime, mais au moins on peut croire que quelques-uns d’entre eux pourront sortir de cette misère un jour.

Je sais qu’il y a des centaines de bidonvilles dans le monde et que nous ne pouvons changer le monde. Je sais aussi qu’une aide humanitaire peut faire toute la différence pour quelques-uns de ces êtres vivants, moins chanceux que nous.

Facile de juger ou de dire : « Qu’ils se prennent en main… » Pas si facile quand tu n’as pas d’instruction, pas d’outil, pas de référence, pas de ressource…

Alexandre Thouin Peltier, 4e secondaire
École secondaire Cap-Jeunesse
6 avril 2011

Suite à sa participation au projet « Expérience dominicaine 2011 du 8 au 15 mars 2011»  

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