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| L'intégration des nouveaux enseignants | |||
Ce texte a été produit pour le compte de la Fédération des établissements d'enseignement privé (F.É.E.P.). La problématique qui y est étudiée est actualisée en fonction des spécificités de l'enseignement privé mais, sur le fond, est applicable à toute école, publique comme privée.
Présentation
1.1 POURQUOI UN CADRE DE RÉFÉRENCE POUR LINTÉGRATION DES NOUVEAUX ENSEIGNANTS?Le présent document est un guide destiné aux directeurs d'établissements privés. Il vise à présenter la problématique de lintégration des nouveaux enseignants dans un établissement denseignement privé et à fournir aux gestionnaires les éléments essentiels à lélaboration locale dune éventuelle politique et dun guide de procédure.
Dans la conjoncture actuelle, lintégration des nouveaux enseignants est un dossier dune brûlante actualité. Même si le phénomène des prises de retraite a été, dans lensemble, moins marqué dans les établissements privés que dans le secteur public, le profil démo-graphique général des personnels enseignants a déjà commencé à créer, dans les établis-sements, un renouvellement substantiel des effectifs professionnels. Larrivée dun nouvel enseignant dans une école, qui était autrefois un phénomène marginal, est maintenant une réalité habituelle et fréquente, quil importe donc de gérer de façon intentionnelle et structurée.
Comme dans toute entreprise, lintégration réussie dun nouveau membre du personnel est sans doute linvestissement le plus rentable qui soit. Dans la réalité moderne dune éco-nomie du savoir, les ressources humaines constituent en effet la plus grande richesse dune entreprise. Les efforts faits pour acquérir, développer et retenir ces ressources hu-maines se traduisent par des bénéfices institutionnels répartis sur toute la durée de lemploi ce qui, dans certains cas, peut signifier toute une carrière. Investir dans lintégration dun nouvel enseignant, cest donc traduire dans la réalité de la gestion une préoccupation de développement institutionnel à très long terme.
Cette nécessité fonctionnelle se double, dans les établissements privés, dune nécessité historique. En effet, pour bien des établissements privés, le maintien dune image de marque et le respect des meilleurs éléments dune tradition laborieusement bâtie au fil des décennies constituent, à terme, une condition dexcellence, voire de survie dans certains cas.
Or, depuis plusieurs années, les établissements privés ont vécu de nombreux changements qui rendent plus difficile la conservation de cette culture institutionnelle. Les processus de relève institutionnelle, la mobilité accrue des personnels favorisée par la libération de nombreux postes denseignants dans le secteur public, la cloison de moins en moins étanche entre secteur privé et secteur public dans la sélection des cadres et des enseignants, luniformisation des curriculums, voilà autant de facteurs qui accroissent le risque de dissolution graduelle de lidentité institutionnelle et donc du sentiment dappartenance du personnel à létablissement.
Une procédure dintégration des nouveaux enseignants ne pourra pas, seule, remédier à tous ces problèmes. Il sagit dun contenant dont lefficacité sera fort limitée si le contenu (les normes defficacité professionnelle et les éléments de la culture institutionnelle) est inexistant ou demeure dans linformel de la tradition orale.
Même si ce nest pas lobjet du présent document, il reste que certain préalables institutionnels doivent être réunis pour quune éventuelle politique dintégration des nouveaux enseignants puisse trouver une certaine efficacité et même, tout simplement, son sens.
1.2 LES PRÉALABLES
Ces préalables sont de trois ordres: le projet éducatif, la sélection du personnel et la supervision professionnelle.
Intégrer un nouvel enseignant, cest non seulement lui permettre dêtre rapidement fonctionnel dans son nouvel environnement professionnel; cest surtout lui permettre de se mettre rapidement sur la même longueur donde éducative que le reste du personnel; non seulement daccomplir sa tâche individuelle, mais aussi dapporter une contribution de qualité à la tâche collective.
Pour cela, il faut que la longueur donde collective existe, dune part, et que, dautre part, elle soit définie, connue, transmissible et transmise. Dans un établissement denseignement, cest clairement le projet éducatif qui joue ce rôle. Même si, contrairement aux écoles publiques, les établissements privés ne sont pas légalement tenus de se donner un projet éducatif formel, nous croyons quun tel texte de référence est un outil essentiel de cohérence et de développement. Le projet éducatif, en effet, constitue la mémoire de létablissement et garantit que les normes de la pratique professionnelle, les « façons de faire » qui incarnent au quotidien la culture institutionnelle, survivent aux mouvements de personnel et au départ de certaines personnes-clés. Sans projet éducatif, lintégration des nouveaux enseignants seffectue à vide : elle comble un trou administratif, soit, mais elle ne contribue pas au renforcement dune culture institutionnelle.
Le second préalable concerne la sélection du personnel. Lintégration, aussi élaborée soit-elle, a ses limites et ne peut intégrer que des individus intégrables au départ. Le processus denculturation institutionnelle de lenseignant doit donc commencer dès lentrevue de sélection. Il est donc essentiel que ce processus ne se limite pas à une vérification des qualifications et des compétences professionnelles du candidat; il doit aussi inclure une évaluation de la compatibilité des valeurs et de la personnalité de ce candidat avec le projet éducatif de létablissement. On ne saurait trop insister sur limportance, pour une établissement, de se doter dun profil institutionnel de compétence de lenseignant qui inclue non seulement les compétences propres au métier denseignant mais aussi les conditions particulières de leur actualisation dans le contexte précis de létablissement.
Finalement, il ne suffit pas davoir embauché un jeune enseignant prometteur et de lavoir piloté sans encombres à travers les premières semaines de sa pratique professionnelle chez nous. Comme tout processus de croissance, le développement dun nouvel employé est un processus continu et à long terme. Dans une école, cela prend la forme dune supervision professionnelle active et aidante, où lon retrouve, selon les moments et les besoins, des dimensions daccompagnement, dencadrement, dévaluation et de perfection-nement. Sur cette question, nous renvoyons le lecteur à la Politique de développement des ressources humaines élaborée nous en mai 2000.
Pour les fins du présent document, nous supposons donc quun établissement qui souhaiterait se doter dune politique dintégration des nouveaux enseignants dispose préalablement :
Même si lon ne dispose pas, dans létablissement, de ces préalables formels, il faudra bien néanmoins accueillir et intégrer le nouvel enseignant: on le fait, dailleurs, depuis des années, et les pages qui suivent contiennent des conseils utiles qui pourront enrichir les habitudes locales en cette matière. Mais il faut demeurer conscient que toute procédure, aussi fonctionnelle soit-elle, na quune efficacité limitée en labsence de référentiels (projet éducatif et profil de compétence) et de suivi (supervision professionnelle).
Problématique
Contrairement à ce que lon pourrait croire, larrivée dun nouvel enseignant dans un établisse-ment ne seffectue pas en terrain vierge. Avant même lentrée en fonction, un ensemble dattentes, despoirs, de craintes et de présupposés psychologiques existe, tant dans la tête de lemployé que dans celle de lemployeur; et, donnée moins évidente mais non négligeable, ces présupposés existent aussi chez les futurs collègues de lenseignant, qui constituent le milieu so-cio-professionnel auquel, précisément, lenseignant doit sintégrer.
Il importe donc davoir une vision densemble de ce terrain psychologique sur lequel va se réaliser lintégration du nouvel enseignant. Il présente des aspects positifs et dynamiques, sur lesquels lemployeur devra capitaliser; il présente aussi des risques, quil sagira de minimiser ou avec lesquels il faudra composer.
2.1.1 Du point de vue de lemployeur
Sur le plan strictement administratif, lembauche dun nouvel enseignant comble un trou : une tâche ou un poste vacant. Mais, dans une perspective de dévelop-pement des ressources humaines, lintégration du nouvel employé aura plus de chances de seffectuer dans lintérêt de létablissement si lemployeur:
2.1.2 Du point de vue de lemployé
Pour lemployé, lentrée en fonction dans ce nouvel emploi est, a priori, motivante. Elle met souvent fin à une période insécurisante de recherche demploi, généralement caractérisée par linstabilité ou linsécurité professionnelle. Le nouvel enseignant, en général:
2.1.3 Du point de vue des collègues
A priori, larrivée dun nouvel enseignant na pas, chez les collègues, le même impact quil peut revêtir pour lemployeur et lemployé et la norme, en cette matière, est bien davantage une indifférence polie, teintée dune vague méfiance, que laccueil chaleureux.
Une chose est certaine: le nouvel enseignant sera très rapidement, dans lesprit des collègues, comparé à lenseignant quil remplace. Sils le perçoivent comme plus sympathique, plus sociable, plus collaborateur, plus ouvert, si le nouveau venu fait rapidement « bonne impression », lintégration se fera harmonieusement.
Règle générale, le milieu professionnel constituera un élément dautant plus favorable à lintégration du nouvel enseignant quil se sentira une responsabilité à son égard. Il peut sagir dune responsabilité morale informelle, basée sur la solidarité professionnelle et habituellement assez répandue; mais elle peut être renforcée par des mécanismes formels, comme la participation denseignants à la sélection du personnel ou lidentification dun parrain ou dun mentor officiel.
2.2.1 Du point de vue de lemployeur
Compte tenu des nombreuses tâches qui le sollicitent par ailleurs, lemployeur est habituellement exposé à une tentation normale, mais pernicieuse: celle de prendre les choses pour acquises ou, si lon préfère, « pas de nouvelles, bonnes nouvelles ». Si lintégration se limite à une brève rencontre technique (contrat, horaire, clés, ), à une intégration sociale encore plus brève (présentation aux collègues immédiats) et à une offre de disponibilité générale (« si tu as un problème, viens me voir »), lemployeur risque de ne plus entendre parler de lemployé sauf en cas de problème majeur.
2.2.2 Du point de vue de lemployé
La motivation de lemployé à faire ses preuves et à sintégrer socialement et professionnellement présente une contrepartie: le désir de ne pas avoir dennuis dans une nouvelle situation qui, pour motivante quelle soit, lui paraît néanmoins précaire tant quil naura pas « fait sa place ». Il sagit dune motivation complexe qui peut susciter chez le nouvel enseignant, selon sa personnalité et la culture du milieu, une tendance à:
Il ne faut pas minimiser la pression sociale considérable qui sexerce sur le nouvel enseignant. Sur le plan rationnel, il a trouvé, en acceptant cet emploi, un moyen de gagner sa vie et de mettre à profit ses compétences professionnelles, soit. Mais sur le plan socio-affectif, il a surtout le désir, encore bien plus fort, de trouver un nouveau milieu de vie, un nouveau réseau damis et de connaissances, un sentiment dappartenance, une image de soi positive dans un nouveau milieu. Même si elle nest pas à négliger, linfluence de la direction sera toujours, en ces matières, moins prépondérante que celle de ses nouveaux collègues.
2.2.3 Du point de vue des collègues
Lattitude des collègues se caractérise principalement par une ambivalence pas toujours facile à assumer par le nouvel enseignant. On le souhaite sociable et parlant à tout le monde, mais on ne fait pas nécessairement defforts pour lui parler. On lui offre volontiers de partager planification et matériel pédagogique, mais à condition quil ladopte fidèlement. On souhaite quil apporte sa contribution et quil fasse sa part, mais à condition de ne pas bouleverser les habitudes établies. On souhaite quil réussisse dans sa classe, mais pas trop, pour ne pas faire ombrage à la popularité des anciens.
Plus que tout, on souhaite quil « tienne son rang »: quil manifeste du respect pour les opinions des leaders locaux; quil conserve une « saine » distance face à la direction; quil évite les références trop nombreuses aux autres milieux quil a connus; quil exprime ses opinions, mais avec lhumilité du nouvel arrivant; etc.
Il est donc essentiel que lemployeur, à qui ce document est destiné, connaisse très bien la dynamique institutionnelle, la composition et le fonctionnement des réseaux dinfluence informels, les facteurs favorables et les facteurs de risque que peut présenter la constellation institutionnelle. Et quil ne perde jamais de vue que linfluence du milieu sur le nouvel enseignant sera, pour informelle quelle soit, quotidienne et omniprésente; alors que la sienne propre, pour officielle quelle soit, ne pourra être que ponctuelle. Raison de plus pour cibler judicieusement les occasions de contact quil aura avec son nouvel employé.
Compte tenu de ce qui précède, une politique dintégration des nouveaux enseignants de-vrait donc, selon nous, fixer les objectifs suivants au supérieur immédiat de lemployé :
Les conditions d'une intégration réussie
3.1.1 Les besoins de lemployé
Comme toute personne arrivant dans un nouvel environnement, le nouvel enseignant a besoin dinformations pratiques immédiates lui permettant de se repérer minimalement dans cet environnement et de devenir fonctionnel à court terme (lemplacement des locaux, par exemple). Et il a également besoin doutils de travail et dinformations de référence qui lui permettront, à moyen terme, de satisfaire des besoins dinformation moins aigus, mais sans doute plus complexes et plus importants (le projet éducatif de létablissement ou la convention de travail, par exemple).
Pour le nouvel arrivant, la quantité dinformations à assimiler est considérable, et il lui faut lassimiler dans un temps limité. Il est évident quil ne retiendra que peu de choses dune simple rencontre initiale, aussi élaborée soit-elle.
Par ailleurs, ses besoins se manifesteront et se préciseront graduellement, dans le quotidien, en approfondissant sa prise de fonction. Et essayer de les satisfaire au fur et à mesure de leur apparition va lui créer une pression considérable : la crainte de déranger ou de laisser limpression dun manque de débrouillardise et la conscience que la disponibilité du directeur à son égard est relativement limitée et est rarement instantanée.
Il est donc essentiel, pour alléger cette pression, de le rendre le plus possible autonome en matière dinformation. Cet objectif passe, selon nous, par lidentification dune ou de plusieurs personnes-ressources facilement accessibles dans son quotidien (selon les cas, secrétaire, adjoint, parrain nous y reviendrons) et par la constitution dun dossier dinformation qui lui sera remis lors de la rencontre initiale.
3.1.2 Le dossier dinformation
Ce dossier comprend dabord des outils de travail et des textes de référence indispensables, quils soient de nature administrative, éducative ou pédagogique. Mentionnons notamment :
Par ailleurs, nous ne saurions trop insister sur lutilité de regrouper les nombreuses procédures, politiques et informations pratiques dans un Guide du personnel, régulièrement mis à jour, et qui constituera le « manuel de survie » de lemployé.
Sa forme, son contenu et son organisation varieront selon le contexte particulier de chaque établissement, et il nentre pas dans notre propos, ici, den proposer un modèle. Voici toutefois une liste indicative des types dinformation que lon devrait, selon nous, y retrouver ainsi que, pour chaque type, des exemples pratiques:
Liste du personnel; répertoire téléphonique; liste, rôle et composition des comités; plan de létablissement; horaire du secrétariat, de la bi-bliothèque et des autres services; conditions et procédure de réserva-tion de locaux ou déquipement, de reprographie, dutilisation déquipements informatiques; etc.
Quoi faire en cas dabsence; organisation de la suppléance; procédure dévacuation en cas durgence; constat de bris déquipement; deman-des de remboursement; etc.
Prise de présences; expulsions de classe; interventions disciplinaires et application des règlements hors-classe; sanctions autorisées; rapports dinfractions; procédure de référence aux intervenants professionnels ou sociaux; etc.
Politique dévaluation des apprentissages et normes de sanction des études; exigences de planification; modalités et échéances de remise des notes; coordination des devoirs et des travaux scolaires; politique relative au respect du droit dauteur; etc.
Code déthique ou directives déontologiques; politique de supervision professionnelle; politique et mécanismes de perfectionnement; politique relative à la protection des renseignements confidentiels; etc.
Il serait également utile de regrouper, dans une section à part, la liste des situations courantes qui exigent, selon les normes en vigueur dans létablissement, une autorisation, une consultation ou une information du supérieur immédiat de lemployé. On évitera ainsi que, par ignorance et de bonne foi, un nouvel enseignant prenne des initiatives pouvant engager la responsabilité de létablissement ou compliquer la gestion.
Lors dune rencontre initiale, il ne sagit pas dentrer dans tous ces détails avec lenseignant : il suffira de lui présenter les éléments du dossier dinformation, de lui demander den prendre connaissance dans les jours ou les semaines qui suivent et de répondre aux questions quil peut avoir. Seuls les éléments ayant une pertinence immédiate (une échéance rapprochée à respecter, par exemple) auront besoin dune insistance particulière.
Par contre, sur des aspects moins urgents mais majeurs (le projet éducatif, par exemple), il sera nécessaire de prévoir, plus tard dans lannée, une rencontre spécifique où le contenu sera expliqué et discuté et où lon veillera à sassurer que ces éléments majeurs ont été non seulement lus, mais aussi compris par lenseignant. Cette rencontre fait partie du processus dintégration professionnelle, détaillé ci-dessous, en 3.4.
Signalons enfin, pour tenir compte de notre époque, que plusieurs des éléments dinformation ci-dessus peuvent fort bien être virtuels. Inviter lemployé à visiter le site Web de lécole, lui signaler lexistence dun babillard électronique interne et même, pourquoi pas, lui fournir une trousse électronique daccueil que lon aura préparée à lintention des nouveau employés, voilà autant davenues à explorer pour rendre la masse considérable dinformations plus digeste et plus attrayante.
Les nécessités légales et fonctionnelles font que cet aspect de lintégration de lemployé est généralement fort bien balisé et réalisé dans les établissements, et nous ninsisterons donc pas. Essentiellement, il sagit de :
Cette dimension de lintégration est souvent escamotée ou laissée aux initiatives individuelles de lemployé ou de certains membres du personnel, et cest malheureux. Si lon souhaite que le nouvel enseignant développe rapidement un sentiment dappartenance à létablissement, létablissement doit dabord laccueillir et le reconnaître comme tel.
3.3.1 Les besoins de lemployé
La phase dintégration sociale fonctionnelle est relativement brève, mais elle est déterminante pour la perception que lemployé va se bâtir de sa nouvelle école tout comme les premiers instants dune conversation sont déterminants pour la suite dune relation. Laisser au nouvel arrivant le soin de se présenter lui-même, le livrer à lindifférence vaguement malaisée de futurs collègues qui se demandent qui il est ou ce quil fait là ou, pire encore, lexposer à se faire prendre pour un visiteur ou un intrus, voilà qui nest pas de nature à le détendre ou à lui faciliter la tâche.
Très souvent, au moment de la prise de fonction, la seule personne quelque peu significative pour lui, celle avec qui il a eu loccasion déchanger quelques mots, cest le directeur; et pourtant, ce nest sans doute pas la personne quil côtoiera ensuite le plus fréquemment au quotidien. Cest donc au directeur quil incombe dassurer rapidement et formellement la présentation de lenseignant à ses futurs collègues immédiats, dune part, et au personnel en général, dautre part.
3.3.2 Des moyens de favoriser lintégration sociale
Dans un premier temps, il faut prévoir suffisamment de temps pour une rencontre initiale qui ne soit pas bousculée entre deux téléphones et trois réunions. La poignée de mains suivie dune rencontre de quelques minutes et dun « Si tu as besoin de quoi que ce soit, ne te gêne pas pour venir me voir » est à éviter absolument. Le temps que lon consacre à un nouvel enseignant, particulièrement à un moment où il compte sur nous pour laider, est une bonne mesure de limportance quon lui accorde.
Sur le plan pratique, cette rencontre initiale permettra dassurer une bonne partie de la transmission dinformation et du processus dintégration technique dont il a été question ci-dessus. Mais, sur le plan social, il sagit dune occasion privilégiée de construire les bases dune future relation professionnelle fructueuse et agréable. Ce sera notamment loccasion de :
Si le processus local dintégration prévoit lassignation dun parrain ou dun mentor (nous en traiterons à la section suivante), il serait dans lordre des choses que celui-ci participe à cette rencontre initiale.
Dans un second temps, une visite de létablissement, même rapide, simpose. Elle permettra de prolonger le premier contact dans un contexte plus dynamique et moins intimidant et elle fournira au nouvel enseignant une représentation mentale qui lui permettra de donner plus de sens à certaines informations quon lui aura fournies précédemment. Mais surtout, ce sera loccasion de faire des présentations formelles à des collègues, de « casser la glace ». On sattardera évidemment plus longuement dans les parties du bâtiment que lenseignant aura à fréquenter davantage, avec un soin particulier pour la salle des professeurs où se trouvent ceux qui seront ses collègues immédiats et pour le salon du personnel. Ce sera enfin une simple délicatesse, à la fin de la visite, de ne pas abandonner lemployé à lui-même mais au contraire de le laisser en compagnie de collègues ou, carrément, entre les mains dune personne à qui lon donnera un mandat daccueil ou dexplication.
Finalement, dans les jours qui suivront, il faudra veiller à assurer la reconnaissance publique du nouvel employé. Selon les circonstances et les mécanismes de communication en vigueur dans létablissement, il pourra sagir de :
Cest laspect à la fois le plus difficile, le plus complexe et le plus important du processus dintégration. Alors que lintégration administrative, technique et sociale peut se réaliser en quelques jours et permettre à lenseignant de devenir très rapidement fonctionnel, léclosion et le développement de sa compétence professionnelle dans son nouveau contexte sont, quant à eux, des processus beaucoup plus lents, comme tout processus de croissance véritable.
3.4.1 Les besoins de lemployé
Le processus est dautant plus complexe que lon cherche à satisfaire, tant chez lemployé que chez lemployeur, des besoins en apparence contradictoires. Chez lemployeur, on souhaite que lenseignant sintègre à la culture du milieu, quil ne fasse pas de vagues, quil némette pas de dissonances dans la symphonie institutionnelle; mais on souhaite aussi quil participe activement, quil apporte du sang neuf. De son côté, lemployé souhaite faire sa marque, affirmer sa propre compétence et ses valeurs; mais il désire aussi « bien faire les choses » et ne pas avoir dennuis, tant avec ses collègues quavec la direction.
Entre les excès stériles que sont aussi bien « se couler dans le moule » que « faire ses petites affaires tout seul », il y a place pour « se mettre en phase ».
Si lon souhaite que le nouvel enseignant devienne un actif pour létablissement, il faudra se souvenir que lexpression de la compétence professionnelle exige un contexte dautonomie. Une intégration réussie respecte lintégrité de lenseignant. Mais cette compétence exige aussi dêtre stimulée, nourrie, soutenue, «dirigée» au sens le plus généreux du terme.
Ce soutien pourra, bien sûr, être apporté par le directeur dans le cadre du processus de supervision professionnelle. Mais ce processus, aussi structuré soit-il, na quune prise toute relative sur le quotidien de lenseignant alors que cest précisément dans le quotidien que se réalise lintégration, que se construisent les réseaux, que séchangent les idées, que se prennent les bonnes et les mauvaises habitudes.
Pour favoriser cette intégration professionnelle dans le quotidien, nous suggérons fortement le recours à un mécanisme formel de parrainage, qui passe donc par lidentification dun collègue qui acceptera daccompagner lenseignant dans les premiers mois de son nouvel emploi.
3.4.2 Le parrainage
Le parrain (ou le mentor, comme il est parfois de bon ton de le désigner) est un enseignant dexpérience, lui-même bien intégré à lécole et dont la pratique professionnelle peut servir dexemple (et non pas nécessairement de modèle). Par ailleurs, il est essentiel quil demeure un pair, sans autorité autre que morale et sans responsabilité dans lévaluation de lenseignant. Cest à cette condition que sa relation pourra en être une daide et non de supervision (cette dernière appartenant au supérieur).
On a tendance à penser que ce pair aidant est, idéalement, le collègue enseignant la même matière au même degré. Cest une idée reçue quil faut, à notre avis, envisager avec une certaine prudence.
En effet, le collègue en question (quand il existe) nest pas automatiquement, de ce seul fait, la ressource idéale. En fait, sa seule « supériorité » dans ce rôle, par rapport à tout autre enseignant de lécole, provient de sa connaissance de la matière quil partage avec le nouvel enseignant. Et cest probablement le domaine dans lequel le nouvel enseignant a le moins besoin dêtre aidé. Lexpérience nous apprend, en effet, que la compétence disciplinaire est la plus facile à acquérir et quelle est habituellement acquise au départ, par la formation universitaire. Elle a dailleurs sans doute été vérifiée et il est facile de le faire lors du processus de sélection. Par ailleurs, ces interactions de coordination entre collègues enseignant les mêmes programmes auront lieu de toute façon, même sans parrainage.
Il en va tout autrement de la compétence pédagogique et éducative qui, loin dêtre univoque comme la compétence disciplinaire, se manifeste dans une grande diversité de styles et de moyens. Si le parrain ne partage pas la matière denseignement, les interactions se situeront nécessairement au niveau pédagogique et éducatif, et cest précisément là que se réalise lintégration professionnelle, bien davantage que dans le découpage commun de la matière ou le recours aux mêmes examens.
Le parrain doit donc être choisi dabord pour ses qualités de pédagogue et déducateur, de même que pour ses qualités humaines douverture, dempathie et de disponibilité.
Si les ressources et les conventions de travail de létablissement le permettent, il serait souhaitable que ce parrainage soit reconnu dans la tâche du parrain, ou rémunéré sur une base forfaitaire. Signalons quil nest pas nécessaire que chaque nouvel enseignant ait un parrain différent. À partir du moment où le fait denseigner la même matière nest plus un critère obligatoire, il est parfaitement possible quun même parrain puisse accompagner plus dun enseignant, dans la mesure où sa tâche en tient compte.
Si, une année donnée, le nombre de nouveaux enseignants est substantiel, il serait utile de doubler cet accompagnement individuel dun accompagnement collectif et de réunir les nouveaux enseignants et leur(s) parrain(s), que ce soit de façon ponctuelle (au début de lannée, pour le démarrage du processus dintégration) ou sur une base régulière (selon la formule des « cafés pédagogiques », par exemple). Des nouveaux enseignants dans une école ont, de ce seul fait, des affinités; il peut être extrêmement fécond de les regrouper au sein dun tel réseau dentraide et de développer entre eux un sentiment de solidarité.
Lidée globale de lintégration professionnelle est de ne pas laisser cette intégration dépendre des seules affinités qui peuvent se développer plus ou moins au hasard des rencontres au salon du personnel, mais de pourvoir au contraire le nouvel enseignant dun minimum dinteractions professionnelles régulières et in-tentionnelles. Dans lexemple que nous venons dévoquer, le nouvel enseignant aurait nécessairement des échanges fonctionnels avec son collègue immédiat, une relation daide avec son parrain, des relations dentraide avec les autres nouveaux enseignants, ainsi quune relation de supervision avec son supérieur.
Il importe que le rôle du parrain soit défini clairement et sans confusion possible, aussi bien dans lesprit du directeur que dans celui de lenseignant et dans celui du parrain lui-même. Il doit notamment être établi que:
Si le parrainage est institutionnalisé et seffectue sur une base régulière dans létablissement, il faudrait songer à fournir aux parrains un canevas daccompagnement précisant les principaux aspects de la pratique professionnelle à considérer avec lenseignant (planification, activités dapprentissage, gestion de la classe, évaluation) et, éventuellement, leur offrir une formation ad hoc.
3.4.3 Le perfectionnement
À terme, le processus dintégration professionnelle, de même que lactivité de supervision de la direction, devraient faire ressortir des besoins de perfectionnement, que ce soit pour corriger des lacunes ou pour consolider des compétences manifestées.
À cet égard, il convient, sil y a lieu, de modifier la conception du perfectionnement qui a cours dans certains milieux, à savoir quil sagit plus ou moins dun privilège qui sacquiert par lexpérience ou lancienneté. Le perfectionnement doit répondre à des besoins, et ces besoins doivent être identifiés à partir dune analyse des pratiques professionnelles.
Or, le nouvel enseignant est sans doute celui pour lequel cette analyse, que ce soit à travers le parrainage ou la supervision, sera la plus systématique. Il sera donc une cible privilégiée pour des activités de perfectionnement. Par ailleurs, nouveau venu dans le milieu, il connaît probablement moins quun autre les ressources offertes. Raison de plus, à notre avis, pour non seulement linformer du perfectionnement disponible, mais lui en proposer en relation avec les besoins identifiés.
Finalement, il faut garder en mémoire que si les mécanismes, procédures et opérations peuvent aider à structurer lintégration du nouvel enseignant, ce processus complexe demeure dabord et avant tout une construction de relations humaines et que les attitudes avec lesquelles il sera vécu seront déterminantes pour sa réussite.
Des qualités humaines telles que la chaleur, lempathie, la tolérance et la disponibilité sont essentielles; des attitudes comme lintérêt envers le travail de lenseignant, lencouragement devant ses réussites et la solidarité devant ses difficultés favoriseront grandement létablissement dune relation de respect et de confiance réciproques. Nous ninsisterons pas: il sagit là de qualités de base en matière de gestion des ressources hu-maines et elles valent pour tout superviseur à légard de tout employé.
Nous mettrons laccent, dans cette dernière partie, sur deux attitudes qui prennent une importance particulière dans le contexte de lintégration dun nouvel enseignant. Il sagit de la transparence et de la constance.
3.5.1 La transparence
Les établissements privés sont, en général, riches dune longue tradition et dune culture institutionnelle qui, comme on le dit couramment, « fait partie des murs ». Comme dans tous les milieux fortement intégrés et cohésifs, cette culture est diffuse, subtile, non dite, traduite dans des habitudes, des façons de faire, des rituels et des codes sociaux bien davantage que dans des mots. Les gens qui la vivent, souvent, seront incapables de la décrire et de la caractériser; mais ils réagiront très fortement à tout comportement qui ne la respecte pas : « Ici, ce nest pas ainsi que ça fonctionne » ou « Ça ne se fait pas » ou encore «On a toujours fait ça de cette manière ».
Très souvent, lorsque le processus dintégration échoue, cest sur ces écueils implicites, bien davantage quà cause déléments plus visibles de la pratique professionnelle. Ce caractère implicite (« riche en contexte », disent les spécialistes) de la culture institutionnelle présente une difficulté considérable pour le nouvel arrivant. Il a souvent conscience, dans les premiers temps, dêtre un étranger et il essaie, de bonne foi, de décoder ce nouveau contexte et de sy adapter. Mais, ne sachant pas exactement en quoi il consiste et ce qui est attendu de lui, il risque de commettre des impairs et, selon sa personnalité, den faire trop ou pas assez ou de passer, selon le cas, pour distant, prétentieux, sans-gêne, naïf Une telle perception sinstalle très vite et est ensuite très difficile à corriger, dautant plus que, la plupart du temps, on ne lui en dira rien: on se bornera à le lui faire sentir.
Il est donc essentiel que le directeur (ou, encore mieux, le parrain sil existe) fasse un effort particulier de transparence pour informer explicitement le nouvel enseignant de ces éléments implicites. Cela suppose quil connaisse bien la culture institutionnelle, mais surtout quil soit capable de la caractériser, didentifier de façon explicite les nombreuses manifestations par lesquelles elle sexprime dans le vécu quotidien. Il sera capable de rendre véritablement service au nouvel enseignant en lui signifiant des attentes à son égard: les siennes comme employeur mais aussi celles du milieu et celles des parents. Cela se fera lors de la rencontre initiale, bien sûr, mais aussi dans le suivi régulier, à mesure quil observe, au quotidien, le nouveau venu faire sa place ou faire des faux-pas. Dans ce dernier cas, il sagira généralement dinterventions exigeant du doigté et de la délicatesse; mais il est essentiel de les faire. Si lemployé nest pas conscient de ces faux-pas ou, en en ayant conscience, ne sait pas en quoi ils constituent des accrocs à la culture de létablissement, il pourra difficilement en tenir compte et sy ajuster.
3.5.2 La constance
Il en va de lintégration comme dune pièce de musique : la première mesure donne la clé, la tonalité, le rythme; mais la mélodie, quant à elle, ne sactualise quà travers lexécution de toute la partition.
La rencontre initiale et lintégration fonctionnelle permettant à lenseignant dassumer sa tâche ne constituent que la première mesure du processus dintégration. Cest dans les interactions socio-professionnelles ultérieures quil se réalisera véritablement; et pour cela, il faut que ces interactions existent. Les laisser au seul hasard de la vie professionnelle équivaut à remettre entièrement à dautres (syndicat, département, clan) un processus qui est pourtant de la première importance pour létablissement.
Le directeur devra donc non seulement prévoir un échéancier de rencontres dans le cadre de sa supervision professionnelle, mais aussi exploiter intentionnellement les occasions dinteraction. Cela peut inclure un conversation impromptu lors dune rencontre fortuite, le choix de sasseoir à côté de lui en prenant un café au salon du personnel ou la décision daller lui remettre un document en mains propres à son bureau au lieu de simplement le glisser dans son pigeonnier.
Cest par cette constance, cette attention, cette conscience de la durée que le directeur démontrera, à terme, sa capacité de non seulement organiser mais aussi de véritablement piloter le processus dintégration ou dêtre à sa remorque.