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| Le projet éducatif: mode d'emploi | |||
Présentation
Remis à lordre du jour par la loi 180, le dossier du projet éducatif est devenu, depuis quelque temps, une préoccupation majeure pour tous les établissements scolaires du Québec; toutes les écoles primaires et secondaires, de même quun certain nombre de centres de formation, sont à réactualiser leur projet éducatif ou, dans certains cas, à lélaborer ou se préparent à le faire ou viennent tout juste de le faire.
Notre pratique professionnelle nous a permis, à la faveur de laccompagnement de dizaines et de dizaines détablissements et de la formation de nombreuses directions décole, de constater que de multiples confusions fondamentales hypothèquent la mise en uvre de ce dossier, dune part, et que, dautre part, faute doutils efficaces, les gestionnaires ont souvent de la difficulté à savoir par quel bout prendre ce curieux animal. Une pression supplémentaire est venue de lactivation de deux autres dossiers connexes: lélaboration des plans de réussite de lautomne 2000 et, au primaire particulièrement, la mise en place de la réforme du curriculum.
Il est donc dautant plus urgent de se donner, avant même une démarche opérationnelle de réalisation, une vision claire de ce quest un projet éducatif des années 2000 dans le nouveau contexte des lois 180 et 124 et détablir des liens explicites et intégrateurs avec les plans de réussite, la réforme et lévaluation institutionnelle. Cela commence par le nettoyage dun certain nombre de conceptions erronées ou périmées du projet éducatif, résultats dexpérimentations plus ou moins heureuses menées depuis une vingtaine dannées dans différents établissements, de bonne foi certes, mais parfois avec des maladresses importantes.
S'affranchir du passé
La principale hypothèque qui grève actuellement le dossier du projet éducatif dans les milieux scolaires vient du fait que ce dossier nest pas vierge. Lidée de projet éducatif, en effet, nest pas neuve. Lancée par le Ministère au tournant des années 80 comme une simple invitation à la réflexion collective, sans définition claire ni outils efficients et dans un contexte dautonomie limitée des établissements, cette idée a drainé les énergies de plusieurs milieux scolaires, avec des résultats divers. Si, dans certains établissements, lexpérience a conduit à des réflexions utiles et à des pratiques mobilisatrices, force est de reconnaître que lopération a laissé, dans bon nombre dautres établissements, des souvenirs mitigés qui ont « vacciné » les intervenants contre toute nouvelle tentative de réactualiser le dossier.
Pour lessentiel, on reproche à la montagne davoir accouché dune souris. Réunions innombrables, questionnaires interminables et « pelletage de nuages », nous disent les rescapés de cette aventure, ont trop souvent abouti à lénoncé de quelques valeurs sur papier glacé et à des vux pieux sans incidences concrètes que le sous-ministre qualifiait plaisamment de « projets éducatifs atmosphériques » et qui terminaient souvent leur parcours sur une tablette poussiéreuse.
Il faut donc dabord reprendre confiance dans le projet éducatif comme un moyen puissant dintroduire de la cohérence et de la continuité dans les pratiques éducatives de létablissement et de susciter des actions concrètes et utiles en leur donnant du sens.
Pour cela, il importe détablir, dentrée de jeu, que les projets éducatifs des années 2000 ne peuvent plus et ne doivent pas:
confondre les fins et les moyens.
Un projet éducatif (qui est assimilable à la « constitution » de létablissement) ne peut pas être réduit à une activité donnée, aussi originale ou spectaculaire soit-elle. Un programme déducation internationale, un cours danglais enrichi, une thématique théâtrale ou un régime de sports-études ne sont que des moyens de servir des intentions éducatives plus générales qui sont précisément lobjet du projet éducatif; les moyens, quant à eux, relèvent des plans de réussite. Le projet éducatif se compare, dans le processus de rénovation dune maison, au plan darchitecte; les plans de réussite se comparent, pour leur part, aux plans de chantier de lentrepreneur. Comme le projet éducatif doit mobiliser lensemble des intervenants, il ne peut pas se définir par des moyens qui, par essence, doivent être multiples, diversifiés, souples et révisables: il doit au contraire se définir par des préoccupations plus générales, permanentes, englobantes et capables dinspirer une foule de moyens différents.
se limiter au seul domaine parascolaire.
La loi précise que lécole réalise sa mission (et notamment sa mission dinstruction) dans le cadre de son projet éducatif. Il en découle que les activités pédagogiques et les préoccupations relatives à lapprentissage et à la réussite scolaire doivent être au cur du projet éducatif. Cest à cette condition que des opérations majeures comme la réforme du curriculum et la mise en uvre des plans de réussite seront vécues comme des éléments de la réalisation du projet éducatif, comme la construction de « pièces » de la maison éducative, et non comme des dossiers à mener en parallèle.
sarticuler en termes de valeurs.
Les valeurs demeurent des moteurs importants de la préoccupation éducative; pensons à la coopération, à lestime de soi ou au respect des personnes qui sont des éléments importants de la construction de la motivation scolaire de lélève ou de sa socialisation. À cet égard, elles conservent leur place dans un projet éducatif; mais elles nen sont plus, comme autrefois, lobjet même ou les articulations fondamentales. Ce rôle, nous le verrons, doit être tenu par un certain nombre d'oprientations générales.
se réduire à des voeux.
Sans préjuger des moyens daction précis qui seront pris au fil des ans pour le mettre en uvre, un projet éducatif doit être suffisamment précis et détaillé pour inspirer et encadrer durablement les actions futures de léquipe-école, indépendamment des inévitables mouvements de personnel. Un pieux énoncé sur le « développement intégral de lenfant » ou sur « le goût dapprendre » ne suffit pas. De même, un projet éducatif doit sappuyer non pas sur les préférences des individus, mais sur les besoins et les caractéristiques de la clientèle: celles-là, en effet, sont susceptibles de changer tandis que ceux-ci sont permanents. Doù la nécessité didentifier précisément ces caractéristiques et ces besoins dans une phase danalyse de situation et dy subordonner ensuite les choix qui seront effectués dans la phase dorientation.
Une définition
Si lon voit maintenant plus clairement ce que nest pas ou nest plus un projet éducatif des années 2000, quest-ce donc?
Nous en avons élaboré une définition synthétique qui est devenue notre proposition aux milieux scolaires et que nous décortiquons ci-dessous.
Une démarche
qui sétend sur plusieurs mois et qui comprend des phases danalyse de situation, dorientation, de planification et de mise en uvre
conduisant à un document
formel, écrit et public.
de référence
sur lequel on sappuie fréquemment pour agir et prendre des décisions cohérentes.
et dorientation
qui servira à assurer la continuité des actions au cours des années futures.
résultant dun consensus local
qui, au cours dun processus de consultation, prend en compte les points de vue convergents des éducateurs, des parents et des élèves.
et qui décrit, pour toutes les dimensions de lactivité éducative,
cest-à-dire la vie scolaire, les services éducatifs et laménagement global de lenvironnement éducatif mais surtout, au premier titre, lenseignement.
la façon dont sincarne, dans une école particulière
dont on aura défini les caractéristiques particulières et les besoins spécifiques en tenant compte des réalisations déjà effectuées, de son vécu et de sa tradition.
le projet éducatif national
doù la nécessité de liens explicites avec la mission de lécole définie par le MEQ et les balises nationales qui en découlent, notamment la réforme du curriculum et le régime pédagogique.
et qui énonce les orientations à privilégier,
principes directeurs qui constituent maintenant larticulation première du projet éducatif, ses grands chapitres.
les objectifs à se fixer,
lorsque ces principes sappuient sur des valeurs, ce qui est parfois le cas, mais pas toujours.
et les actions à mettre en place
cest-à-dire les moyens, nécessairement peu nombreux et résultant dun choix, qui nécessitent une mobilisation collective. On retrouvera ces actions dans les plans de réussite.
pour lélaboration et la gestion dactivités éducatives
une grande diversité de moyens, existants ou à mettre en uvre dans les plans de réussite futurs.
destinées à répondre aux besoins de sa clientèle et de sa communauté.
puisque ces activités ( et notamment denseignement) ne doivent pas être réalisées pour elles-mêmes ou pour satisfaire les préférences des adultes, mais pour répondre aux besoins des élèves.
Notons ici que lexpression projet éducatif, qui sapplique de façon obligatoire aux écoles primaires et secondaires en formation générale des jeunes, concerne aussi le projet détablissement, qui est le terme que lon réserve, dans le milieu scolaire québécois, à une démarche et à un document similaire réalisés dans les centres de formation professionnelle et les centres déducation des adultes. Dans ces deux derniers milieux, toutefois, la loi nen rend pas lélaboration obligatoire et le point de vue des parents est remplacé par celui des étudiants et des représentants de la communauté et des employeurs.
Portée et limites du projet éducatif
Malgré son caractère intégrateur, le projet éducatif ne saurait constituer le tout de la réalité éducative dun établissement et encore moins le tout des préoccupations du directeur.
Il importe en effet de se rappeler que le projet éducatif ne reflète que les priorités éducatives dune école, dune part et, dautre part, que les seules priorités qui nécessitent une mobilisation collective et concertée.
Éclairer, cest faire de lombre: énoncer des priorités suppose nécessairement que lon exclut de cet énoncé dautres réalités moins « prioritaires », mais qui doivent elles aussi être mises en uvre. Ainsi, une école qui naurait pas choisi de prioriser les TIC dans son projet éducatif devrait néanmoins planifier lintégration des technologies dans lenseignement, ne serait-ce que parce quil sagit dune compétence transversale prescrite par le Programme de formation. Par contre, une école qui en fait l'une des oreintations générales de son projet éducatif doit faire un effort supplémentaire à ce chapitre et aller plus loin que ce que fait, doffice, toute école.
En outre, le projet éducatif concerne tous les intervenants de la communauté scolaire et tous les membres de léquipe-école. Il doit donc réserver ses énoncés de principes aux seules préoccupations qui peuvent être actualisées par tout le monde et laisser de côté (ou réduire au rang de moyens daction) des aspects de la réalité scolaire qui devront néanmoins se réaliser sur le mode sectoriel ou individuel.
Par ailleurs, le projet éducatif ne prend en compte dans son champ de réflexion que les aspects éducatifs des activités de létablissement. Cest déjà tout un programme, puisquil sagit là de la mission première de lécole; mais le directeur détablissement doit aussi analyser et planifier à long terme, sur le mode stratégique, des aspects essentiellement administratifs (mais parfois vitaux) du développement ou du fonctionnement de son école: léquilibre budgétaire, des relations de travail harmonieuses, une gestion responsabilisante, des infrastructures matérielles et des équipements adaptés aux besoins, la maintien dune clientèle, voilà autant dexemples de dossiers qui ne relèvent pas du projet éducatif mais qui entrent néanmoins dans une problématique plus large de développement institutionnel et qui devront, eux aussi et tout comme le projet éducatif, constituer des objets dune évaluation institutionnelle, dune planification et dune supervision professionnelle.
Ainsi, on ne peut pas poser léquation « projet éducatif = évaluation institutionnelle » ; il faut plutôt établir que la phase danalyse de situation du projet éducatif constitue une partie limitée aux aspects éducatifs dune évaluation institutionnelle globale. De même, il arrive fréquemment que lon compare le projet éducatif dune école à la planification stratégique dune entreprise. Le rapprochement ne manque pas de pertinence; mais il serait plus exact de dire que la phase dorientation du projet éducatif constitue une partie limitée aux aspects éducatifs dune planification stratégique globale. Et ainsi de suite.
Finalement, le document qui sintitulera en bout de course « Projet éducatif », aussi inspirant et rigoureux soit-il, naura jamais quune fonction de référentiel. Sil nest pas ensuite opérationalisé par des plans de réussite réactualisés sur une base annuelle et si ces plans daction ne sont pas mis en uvre, supervisés et évalués, il ne demeurera quune déclaration dintentions sans prise sur la réalité, tout comme un plan darchitecte qui naurait pas ensuite été suivi dun chantier
Cela dit, même après avoir été « réduit » à énoncer les priorités collectives du domaine éducatif dune école, le projet éducatif couvre tout de même un champ très vaste et qui comprend le cur des activités dun établissement: la réponse aux besoins éducatifs des élèves. Il est donc essentiel den planifier et den réaliser soigneusement lélaboration ou la réactualisation.
Une telle opération, en effet, nest pas courante, pas plus quon ne rénove tous les ans une maison. Une fois élaboré, un projet éducatif demeure valide pour des années: ce sont les moyens et les actualisations qui sont régulièrement révisés. Seuls des changements majeurs dans la nature de la clientèle ou la vocation de lécole (phénomènes relativement rares) ou une redéfinition majeure de la mission de lécole ou du macro-environnement éducatif (comme celui que nous venons de vivre avec la réforme scolaire) peuvent justifier une réactualisation du projet éducatif. Des changements dans le personnel ou à la direction de lécole, quant à eux, ne constituent pas un motif de révision du projet éducatif tout au plus du style de gestion et des moyens choisis pour le mettre en uvre. Inévitablement, les personnes changent. Mais les besoins de la clientèle étant permanents, les principes doivent demeurer.
Une répartition claire des rôles
Lélaboration du projet éducatif doit toucher tous les groupes concernés par lécole: conseil détablissement, équipe-école, parents et (formellement au secondaire tout au moins) élèves. Cela ne veut pas dire pour autant que chaque membre de la communauté scolaire a eu son mot à dire sur chaque paragraphe du document final!
La loi confie expressément au conseil détablissement la responsabilité de voir à lélaboration du projet éducatif (cela ne signifie pas quil lélabore lui-même), de ladopter et dévaluer périodiquement sa mise en uvre. Nous croyons quil est essentiel de limiter à ces aspects officiels limplication du conseil détablissement dans la démarche délaboration. Les individus-parents du conseil détablissement seront plus utilement intégrés aux activités de consultation des parents, tout comme les individus membres du personnel siégeant au conseil détablissement seront plus utilement intégrés aux activités de consultation de léquipe-école.
Même si sa position lui confère une influence significative, la direction de létablissement, quant à elle, na pas dautorité particulière en ce qui concerne la définition des orientations contenues dans le projet éducatif: sa voix sera incluse dans la consultation de léquipe-école. Par contre, il lui revient dassurer la continuité des opérations, dorganiser les différentes consultations, de voir au traitement de linformation et dassurer la liaison avec le conseil détablissement. Elle peut également apporter des données factuelles ou quantitatives qui, dans la phase danalyse de situation, pourront utilement éclairer les perceptions des divers groupes.
Léquipe-école (ce terme recouvre non seulement les enseignants, mais tous les membres du personnel qui ont une interaction éducative avec les élèves) doit être consultée à chacune des phases: analyse de situation, choix des principes et opérationalisation.
En ce qui concerne les parents, il faut se garder, selon nous, dadopter une approche de type « référendaire » et de se croire tenu de consulter chacune des familles. Lexpérience démontre que le taux de réponse est habituellement faible et que, au-delà dun certain seuil, la quantité dinformations significatives ne saccroît pas en proportion du nombre de réponses reçues. Limportant, cest que les préoccupations dun échantillon représentatif de parents soient prises en compte. Les parents élus (ceux du conseil détablissement et de lOPP) sont incontournables; on y ajoute habituellement un échantillon de parents « ordinaires », obtenu soit de façon aléatoire (deux parents par groupe, par exemple) soit sur une base volontaire (par invitation à une assemblée, par exemple).
Au primaire, le point de vue des élèves nest pas pris en compte de façon officielle: une tournée informelle des classes faite par la direction suffit habituellement à faire ressortir les aspects que les enfants apprécient à lécole et ceux qui leur déplaisent. Au secondaire, la consultation doit être formelle, même sil faut habituellement lencadrer par des adultes; le conseil étudiant, lorsquil existe, doit être inclus doffice dans léchantillon de consultation. Cet échantillon pourra être grossi, si nécessaire, dune sélection aléatoire stratifiée (deux élèves par groupe ou par degré, par exemple).
Le processus de consultation ne vise pas à mettre tout le monde daccord; il fera inévitablement ressortir des points de vue différents chez chacun des groupes et parfois même au sein dun même groupe. Au-delà de ces écarts normaux, le projet éducatif doit retenir les aspects consensuels et respecter les préoccupations particulièrement aiguës de chacun des groupes.
Les modalités possibles de consultation, quant à elles, sont très diverses: réponse écrite à un questionnaire, discussions en ateliers ou en « focus groups », réunions générales, etc. Compte tenu des réalités propres à chaque milieu, aucune formule nest en soi préférable à une autre. Toutes choses égales par ailleurs, on préférera toutefois celles qui permettent des interactions et des recherches actives de consensus à celles qui reposent sur la compilation de réponses strictement individuelles.
Dans tous les cas, avant de commencer les grandes manuvres de consultation publique, il faut sassurer dune même compréhension de ce quest un projet éducatif, de sa nature, de sa finalité ainsi que du rôle de chacune des instances et ne pas prendre cette compréhension pour acquise davance. Des réunions dinformation du conseil détablissement, de léquipe-école et des parents sont des préalables essentiels à la réussite de la démarche subséquente.
Une démarche opérationnelle
La démarche suivie doit être bien planifiée et circonscrite dans le temps: plus question de prendre trois ans à élaborer un projet éducatif. Sans essouffler les troupes, il ne faut pas pour autant diluer le processus dans le temps au point que les principales étapes ne présentent plus, dans lesprit des intervenants consultés, de lien entre elles. Dans la démarche que nous proposons et que nous avons maintes fois validée sur le terrain, il est tout à fait réaliste deffectuer lessentiel de la démarche à lintérieur dune année scolaire et de compléter ensuite en quelques mois les travaux de finition: rédaction finale, diffusion, élaboration du plan de réussite et des indicateurs dévaluation.
Détailler une démarche typique et les outils à utiliser déborderait largement les cadres du présent article. Nous nous bornerons à dire quelques mots de chacune des principales étapes.
Lanalyse de situation
Évitons ici les excès méthodologiques qui ont eu cours dans certains milieux, bien plus appropriés à une recherche-action de type universitaire quà une démarche pragmatique sans prétention scientifique. Un questionnaire ouvert, portant sur les forces et les faiblesses de lécole, sur les éléments de sa tradition, sur les acquis à préserver et sur les problèmes à régler fait habituellement ressortir lessentiel. Lorsque cest utile et pertinent, certaines données quantitatives (par exemple celles colligées à loccasion du plan de réussite) viendront éclairer ce « bilan de santé » de lécole.
Le choix des orientations générales
Nous déconseillons, pour en avoir souvent vu les trop cruelles limites, les approches ouvertes du type « Quelle est votre conception de léducation? » ou « Quelles valeurs éducatives privilégiez-vous? ». Nous préconisons plutôt une approche réactive, qui invite les personnes consultées à se positionner par rapport à une liste prédéfinie d'orientations générales possibles et à y choisir leurs priorités.
Il ny a pas de nombre fixe d'orientations générales. Trop peu nombreuses, elles ne permettront pas de tenir compte de la diversité de préoccupations pédagogiques, sociales, intellectuelles et affectives. Trop nombreuses, elles conduiront à léparpillement. Notre expérience nous montre que les communautés scolaires retiennent en général une dizaine d'orientations générales, habituellement regroupées autour des préoccupations dinstruire, de socialiser et de qualifier.
Deux balises sont toutefois essentielles dans le choix des orientations:
Lopérationalisation
Une fois les orientations générales définitivement choisies et adoptées par le conseil détablissement, il sagit dassurer le lien explicite de ces orientations avec les actions éducatives actuelles et futures de létablissement.
Par opposition avec les deux premières phases, axées sur le quoi et le pourquoi, nous suggérons de réserver cette réflexion sur le comment à léquipe-école. Celle-ci est en effet la mieux placée pour déterminer la praticabilité, sur le terrain, des objectifs à se fixer et des moyens précis à retenir, sans compter que cest elle qui aura la responsabilité, au cours des années subséquentes, de les mettre en uvre.
Une journée pédagogique soigneusement préparée suffit habituellement à inventorier, pour chaque orientation, les éléments du vécu présent qui lactualisent déjà et à constituer un répertoire de moyens réalisables dans lavenir. Ce répertoire, résultat du « brainstorming » collectif de léquipe-école, ne fera pas partie comme tel du document final (seuls des moyens dactions génériques, appelés objectifs, y seront inclus); mais il constituera un bassin de moyens pratiques parmi lequel on pourra puiser, chaque année, lors de lélaboration des plans de réussite.
L'examen des moyens existants et des moyens envisagés permet ensuite de dégager, pour chacune des orientations générales, des axes d'intervention regroupant plusieurs moyens précédant de la même préoccupation. Ce sont les objectifs du projet éducatif. Il y a en général deux, trois ou quatre objectifs pour chaque orientation générale.
La finition
À ce stade, les grandes manuvres collectives sont terminées. Les opérations techniques de finition (la rédaction, notamment.) auront avantage à être confiées à un intervenant unique: directeur, conseiller pédagogique, membre du conseil détablissement ou consultant rédacteur externe. Une fois le document final rédigé, le conseil détablissement ladopte pour le rendre officiel.
Disons un mot de ce document final. Il doit inclure un portrait de lécole tel quil ressort de lanalyse de la clientèle et de la réalité scolaire, lénoncé de chaque orientation générale et la justification de celle-ci et, pour chaque orientation, lidentification de ses objectifs.
On comprendra aisément quune petite brochure de deux pages, à saveur publicitaire, ne peut pas (ne peut plus, en tous cas) tenir lieu de projet éducatif. Le projet éducatif est un document administratif de référence et dorientation dabord et de planification ensuite dont les premiers destinataires sont le conseil détablissement, le directeur et léquipe-école (actuels et futurs). Sans inclure les plans de réussite (qui seront produits ultérieurement sur une base annuelle), le projet éducatif doit être suffisamment étoffé pour pouvoir significativement inspirer et encadrer laction éducative de létablissement pour plusieurs années. Les projets éducatifs que nous rédigeons pour les établissements scolaires contiennent rarement moins de vingt pages.
Cela dit, ce nest pas cette version intégrale que lon doit utiliser lorsquil sagit de faire connaître aux parents et à la communauté en général lessentiel des priorités éducatives de létablissement: nous conseillons vivement de dériver du projet éducatif intégral une version allégée et « grand public » qui pourra, quant à elle, remplir des fonctions dinformation et, pourquoi pas, de publicité et de promotion.
Des conditions facilitantes
Nous aimerions terminer ce rapide tour dhorizon du projet éducatif en mentionnant quelques conditions qui permettront dassurer une démarche de réalisation plus harmonieuse et plus productive.
Constatons dabord que la conjoncture actuelle est extrêmement favorable à lélaboration ou à la réactualisation dun projet éducatif. Son enchâssement dans la loi, les nouveaux pouvoirs et marges de manuvre confiés aux établissements, limmense chantier de la réforme du curriculum et les renouvellements massifs du personnel scolaire sont autant déléments circonstanciels qui appellent à la réflexion collective et à la construction de nouvelles synergies entre les éducateurs et les parents. Ces réflexions, ces discussions, ces recherches de moyens de répondre aux nouveaux besoins éducatifs des élèves auront lieu de toute façon. Mais leur cohérence et leur efficacité sen trouveront considérablement accrues si elles seffectuent dans un cadre intégrateur global, que seul le projet éducatif peut fournir. Raison de plus pour ne pas différer plus longtemps sa réactualisation.
Au-delà de lobligation légale qui serait à elle seule une bien piètre motivation pour mobiliser la communauté scolaire dans cet exercice collectif réviser le projet éducatif est avant tout une occasion de donner du sens à laction éducative et dassumer pleinement lautonomie nouvelle conférée par la réforme à la communauté scolaire. Si les principaux acteurs sont conscients quil se donnent ainsi, de façon responsable, du pouvoir sur lévolution future de létablissement, ils seront dautant plus disposés à sinvestir dans le processus.
Une démarche dune telle importance et dune telle ampleur, toutefois, ne simprovise pas, pas plus quun plan de rénovation ne sélabore le marteau à la main. Une réactualisation de projet éducatif menée sans une formation préalable de la direction décole, sans une vision claire de la démarche à effectuer et sans les outils méthodologiques requis sera vouée à léchec et aura un effet démobilisateur durable sur le personnel: mieux vaut encore ne pas lentreprendre que de limproviser.
Contrairement à ce qui prévalait il y a une quinzaine dannées, où lon « construisait le chemin en marchant », les référentiels et les outils existent: le Ministère en a produits, les universités ont développé des formations spécifiques sur ce sujet dans leurs cours dadministration scolaire et nous avons nous-mêmes produit des outils et assuré des formations et des accompagnements professionnels dans de nombreuses commissions scolaires. Il nest plus nécessaire de réinventer la roue.
Il importe aussi de proclamer haut et fort que la réactualisation ou lélaboration dun projet éducatif ne constitue aucunement un jugement négatif sur laction présente et passée des éducateurs de lécole. Bien au contraire, le projet éducatif doit officialiser et légitimer les acquis positifs et les réussites de létablissement. Rénover une maison, cest dire du même coup que ses fondations sont saines, que son potentiel daménagement est prometteur et que son environnement global convient. On ne le dira jamais assez: cest une démarche de continuité et non de rupture; un progrès et rarement un virage.
Finalement, cest une démarche de responsabilisation de la communauté scolaire et de prise en charge par létablissement de sa mission et de son devenir. Inutile dattendre « dailleurs » la solution magique aux problèmes: élaborer un projet éducatif ne donne droit à aucune ressource supplémentaire et najoutera pas un sou au budget de fonctionnement. Mais cela ne signifie surtout pas que cette démarche ne changera rien à la réalité de létablissement, bien au contraire. Faire un budget naccroît aucunement votre salaire; mais cela permet datteindre des objectifs hors de portée dune gestion financière au jour le jour. Tout comme le faisceau laser, lefficacité du projet éducatif provient de sa cohérence. Et de la volonté subséquente de sen servir