Pour les parents: l'apprentissage
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Que fait mon enfant à l'école? - L'APPRENTISSAGE

Ce texte a été produit à la demande et avec le financement de la commission scolaire de la Capitale.


Pourquoi faire?

Quand un élève a envie de faire quelque chose, il le fait.

Quand il demande "Pourquoi faire?", c'est qu'il n'en a pas envie.

Comme nous, il économise ses énergies. Comme nous, il déteste faire des choses qui n'ont pas de sens pour lui.

Cette fameuse question "Pourquoi faire?" a souvent le don de nous exaspérer. Et pourtant, c'est une question fondamentale. Tant que l'on n'y a pas répondu (au moins un peu), il n'y aura pas d'apprentissage durable.

Alors, comment motiver l'élève à apprendre?


Une question d'énergie

Tout fonctionne à l'énergie: la voiture fonctionne à l'essence, l'ordinateur fonctionne à l'électricité; l'être humain, lui, fonctionne à la motivation. Et tout ce qui fonctionne à l'énergie a besoin d'être allumé, d'être mis à ON.

Si vous tapez pendant des heures sur votre clavier sans avoir mis votre ordinateur à ON, il ne restera pas grand-chose sur le disque dur, n'est-ce pas? C'est pareil pour l'élève: s'il n'est pas allumé, on aura beau lui enseigner toutes sortes de choses, il ne restera rien à la fin.

Voilà pourquoi un bon enseignant, avant de donner des explications et des tâches à faire à ses élèves, prendra le temps de les mettre à ON.

Qu'est-ce qui peut mettre l'élève à ON?


Maintenant et plus tard

La motivation est un carburant bien particulier: elle fonctionne au futur. Être motivé, c'est avoir un but. C'est se faire dans sa tête, maintenant, une idée de ce qu'on pourra faire plus tard.

Plus l'élève est jeune, moins il est capable d'imaginer "plus tard". Voilà pourquoi on perd son temps à essayer de le motiver avec des phrases pleines de bon sens comme:

Il faut qu'il puisse imaginer maintenant ce que ça va lui donner très bientôt d'étudier ses leçons plutôt que de jouer au Nintendo. Son slogan à lui, c'est: "Si je paie maintenant, je veux voyager pas longtemps après".

Et, entre nous, nous faisons pareil, non? Vous préoccupiez-vous de votre retraite quand vous aviez 25 ans?


Les petits résultats

Avant, quand on apprenait la musique, on faisait des gammes pendant des mois, sinon des années. Plus tard, on savait jouer la Polonaise.

Maintenant, on fait toujours des gammes. Mais on s'arrange aussi pour pouvoir jouer "Jingle Bells" après quelques jours. Et c'est plus motivant, parce que ça donne "un petit quelque chose pas longtemps après".

L'effort d'apprendre doit donner rapidement au moins des petits résultats. Et plus on est jeune, plus ces petits résultats doivent venir vite. Quand les résultats tardent à venir, on se remet à OFF.

Mais il y a bien d'autres conditions pour que l'élève se mette à ON.


Les conditions de la motivation

Voici quelques conditions qui peuvent aider un élève à se motiver à apprendre:


Vous, comme parent, que pouvez-vous faire devant la question "Pourquoi faire?"

Comme parent, ce que vous avez de plus précieux pour votre enfant dans son apprentissage, ce ne sont pas vos connaissances; c'est votre expérience.

Devant une tâche d'apprentissage où votre enfant se demande "Qu'ossa donne?", demandez-vous d'abord comment cela vous a servi à vous (ou comment cela vous sert encore). Et témoignez-en.

Sinon (si cela ne vous a pas servi à vous), essayez de vous demander à qui (et non pas à quoi) cela peut servir. Et si c'est quelqu'un que l'enfant connaît (un voisin, une tante, des amis de la famille), cela donnera plus de sens à la tâche.

Essayez de trouver des exemples concrets dans votre environnement à vous, dans des situations que vous vivez avec votre enfant. Le pH en chimie, c'est très abstrait; mais l'eau de votre piscine hors-terre, ça, ça dit quelque chose. Les régions du Québec en sciences humaines, c'est très abstrait; mais tracer sur une carte routière le chemin le plus court pour se rendre au chalet de grand-papa, ça, ça dit quelque chose.

Finalement, montrez-lui qu'il est capable. Insistez autant sur les progrès que sur les erreurs. Amenez-le à vous dire ce qu'il sait déjà, montrez-lui ce qu'il a déjà réalisé, rappelez-lui comment il s'est senti fier de lui quand il a réussi quelque chose.


Et s'il ne veut toujours "rien savoir?"

Il est important de donner l'heure juste à votre enfant. N'essayez pas de lui faire croire que tout est intéressant ou utile: si vous n'en êtes pas convaincu vous-même, il ne vous croira pas. Et c'est vrai qu'il y a des choses "plates".

L'important, c'est:

Un dernier mot sur ce sujet:

Contrairement à ce que dit le langage courant, on ne peut pas motiver quelqu'un d'autre; on peut seulement se motiver soi-même. Les autres peuvent nous placer dans des conditions motivantes et, on l'a vu, certaines conditions sont plus motivantes que d'autres. Mais la motivation, elle n'appartient qu'à nous. Vous pouvez aider votre enfant à se motiver. Vous ne pouvez pas être motivé à sa place. Vous avez de l'influence, mais vous n'avez pas de contrôle.

Déprimant? Au contraire. Ça veut dire que votre enfant est un être libre, qui a du pouvoir sur sa vie; s'il pouvait être contrôlé par n'importe quel "motivateur", c'est ça qui serait déprimant. Et dangereux.

Tout ce que l'on peut faire, c'est d'essayer de lui montrer comment il peut utiliser, dans son intérêt, ce pouvoir qu'il a sur sa vie.

Après, c'est lui qui décide.


Faire par soi-même

Pour réussir, suffit-il:

Pas si simple...


Le prof

C'est vrai, l'enseignant y fait souvent pour beaucoup dans la motivation des élèves. Il propose des activités, exige des devoirs, crée des problèmes, invente des jeux, organise des concours, fait de la récupération, écoute l'un et l'autre et bien plus encore.

L'enseignant, c'est comme un jardinier, un entraîneur, un médecin, un cuisinier...

L'enseignant peut faire beaucoup de choses. Mais pas apprendre à la place de l'élève.

Non, il ne suffit pas d'avoir un bon prof pour apprendre.


L'élève

Il y a un vieux proverbe (chinois évidemment!) qui dit à peu près: "J'entends et j'oublie; je vois et je comprends; je fais et j'apprends"

L'élève apprend s'il veut, s'il est attentif et s'il est actif. Les trois sont nécessaires. Son travail, c'est de donner du sens à ce qu'il fait en classe. De faire des liens avec ce qu'il sait déjà. D'expérimenter. De pratiquer. De faire des erreurs. Et de les corriger.

On n'imaginerait pas un cours de natation à la télévision ou sur Internet, n'est-ce pas? Apprendre à nager, ça se fait en piscine, en pratiquant des gestes techniques et en prenant un bon bouillon quand on ne les fait pas comme il faut.

Pour les apprentissages intellectuels, c'est pareil. Ça ne se fait simplement en écoutant celui qui sait ou en répétant ce qu'il a dit. Ça se fait en essayant par soi-même.

Oui, il faut écouter en classe pour apprendre. Mais ça ne suffit pas.


Étudier fort

Vous connaissez sans doute, dans votre entourage, des gens bien gentils qui travaillent fort, très fort même, mais qui travaillent mal. Ils ne s'y prennent pas de la bonne manière. .

L'élève qui étudie chez lui, ne doit pas simplement lire ses leçons ou faire ses devoirs; il doit planifier son travail, résumer l'information, résoudre des problèmes, se questionner ou se faire questionner, expliquer à quelqu'un, pratiquer, réviser...

Il ne faut pas seulement étudier fort: il faut étudier activement.

"Faire par soi-même", ça signifie: retraiter (traiter à nouveau) l'information lue, écoutée et regardée. La reconstruire. Lui donner du sens.

Ça signifie aussi qu'on apprend mieux devant des questions et des problèmes que devant des réponses et des solutions.

Admirer la réponse, c'est passif; chercher "par soi-même" la solution, c'est actif.


Vous pouvez aider votre enfant à apprendre. Comment?

Aider, ce n'est jamais faire à sa place. Faire les devoirs à la place de votre enfant, ne l'aide pas à apprendre. Il héritera peut-être de vos résultats mais pas de votre savoir.

Aider, c'est faire faire:


Se regarder faire

Quand on roule dans une ville inconnue, avec seulement quelques indications griffonnées pour se rendre à destination, il est normal de rater un virage à un moment donné et de se tromper de chemin.

Qu'est-ce qui va faire la différence entre une petite erreur de parcours et se perdre pour la peine? Entre arriver à l'heure et manquer complètement son rendez-vous?

Notre capacité, tout en conduisant, de douter, de nous demander si nous sommes toujours sur la bonne route, d'arrêter pour vérifier ou pour demander notre chemin. Bref, notre capacité, tout en faisant, de nous regarder faire.

L'élève qui apprend doit, lui aussi, non seulement apprendre à faire, mais aussi apprendre à se questionner sur ce qu'il fait.


Passé, présent et futur

L'enfant est un être d'action. Il vit dans le présent. Il aime faire.

Se regarder faire, ce n'est pas naturel pour lui. Pourquoi? Tout simplement parce que, pour se regarder faire, il faut quitter le présent et l'action; il faut regarder (dans sa tête) le passé (ce que l'on a fait jusqu'ici) et il faut imaginer (dans sa tête) le futur (ce que l'on va faire à partir de maintenant).

Voilà pourquoi il faut aider l'élève aussi bien à se souvenir du passé qu'à imaginer le futur. On le fait en lui posant fréquemment des questions sur ce qu'il a fait et sur ce qu'il va faire.


Se souvenir du passé.

Voici des exemples de questions à poser:

Comme parent, vous pouvez donner à votre enfant l'habitude de se questionner en faisant, par exemple, un retour sur des activités familiales (un voyage, par exemple): aujourd'hui, qu'est-ce que nous avons vu? où est-ce qu'il aurait fallu visiter plus vite ou plus lentement? qu'est-ce que cette journée nous a donné?

Et si votre enfant vous demande de l'aide pour un travail scolaire, commencez par lui demander de vous décrire ce qu'il a fait jusqu'ici; de quoi il est sûr et de quoi il doute.

Quelqu'un qui ne sait pas, mais qui sait qu'il ne sait pas, sait plus que quelqu'un qui sait mais ne sait pas qu'il sait..


Réfléchir à ce qu'on va faire

Voici des exemples de questions à poser:

Comme parent, vous pouvez donner à votre enfant l'habitude de planifier en discutant, par exemple, de l'organisation d'une activité familiale: nous allons passer une fin de semaine en camping: qu'est-ce que nous allons faire comme activités? qu'est-ce qu'il faut prévoir pour la bouffe? s'il pleut, on va faire quoi?

Et si votre enfant vous demande de l'aide pour un travail scolaire, aidez-le d'abord à se faire un plan: par quoi commencer, que faire ensuite, etc. Et assurez-vous que quand il se met au travail, ce plan est clair dans sa tête. Un bon moyen: demandez-lui de vous redire ce qu'il va faire et pourquoi.

Pour être sûr de se rendre quelque part, ce n'est pas la vitesse ni la longueur des pas qui comptent; c'est de savoir où on veut aller et de s'assurer que chaque pas va dans la bonne direction...


Penser à voix haute

Voici deux autres trucs pour aider votre enfant à rendre explicites les moyens qu'il prend pour apprendre.

Dans ce dernier cas, c'est ce que l'on appelle servir de modèle. Mais le modèle utile, ce n'est pas le modèle de celui qui sait, mais le modèle de celui qui cherche. Celui qui ne nous montre pas seulement le résultat attendu, mais aussi et surtout le chemin pour l'obtenir.


Se connaître soi-même

Se regarder faire, les spécialistes appellent ça, dans leur jargon, "objectiver". Cela veut dire, tout simplement se regarder soi-même objectivement, comme si on regardait quelqu'un d'autre. Prendre du recul, en quelque sorte. Se connaître soi-même d'abord pour s'améliorer ensuite.

Voilà pourquoi porter des jugements sur l'élève ne l'aide pas vraiment. Ce qui l'aide, c'est de l'aider à porter un jugement objectif sur lui-même:

Aider son enfant à se connaître, ce n'est pas lui coller des étiquettes; c'est lui tendre un miroir...


Comment votre enfant apprend-il?

Chaque enfant a sa façon privilégiée d'apprendre. En gros, on distingue trois styles d'apprentissage:

Essayez de découvrir le style d'apprentissage privilégié de votre enfant: vous pourrez ainsi lui donner le type d'aide qui lui convient le mieux.

En général, l'école traditionnelle est bien adaptée aux auditifs, puisqu'on leur parle beaucoup, à l'école, et que c'est plus facile de parler que de montrer ou de faire faire.

Mais le bon enseignant doit prévoir des situations pour tous ses types d'élèves. Et il devra travailler plus fort avec ses visuels et ses kinesthésiques qu'avec ses auditifs. Pas qu'ils sont moins intelligents; mais parce qu'ils ont une façon d'apprendre plus complexe.


À qui la faute?

Quand l'enfant ne réussit pas ou a des difficultés, il réagit d'abord comme n'importe quel être humain: "ce n'est pas de sa faute". Le prof était trop sévère, l'examen était trop difficile et, de toute façon, personne ne comprend dans la classe!

Évidemment, il ne faut pas entrer dans son jeu. Mais essayer de le convaincre que c'est de sa faute, c'est aussi entrer dans son jeu. Chercher à qui la faute, c'est toujours un jeu d'enfant. Chercher ce qu'on peut faire, soi, c'est commencer à devenir un adulte.


De quoi je dispose?

Se regarder faire, enfin, c'est regarder ce que l'on a à sa disposition, faire le tour des moyens que l'on peut utiliser, évaluer ses options.

Et ces questions ne sont pas seulement utiles quand on a de la difficulté: elles servent aussi quand ça va bien:


Se regarder faire: on résume?


Faire et refaire

On apprend en faisant des erreurs. Vous, nous... et votre enfant!

S'il n'y a pas d'erreurs, pas besoin d'apprendre. Et pas d'apprentissage possible non plus.

Il y a erreur? Alors on peut apprendre.

Pendant qu'on apprend, l'erreur est normale. On ne peut pas reprocher à celui qui apprend de faire des erreurs. C'est même ainsi qu'il va apprendre.

Aider quelqu'un à apprendre, c'est d'abord accepter de le placer en situation de pouvoir faire des erreurs. Ce n'est pas facile pour nous, qui avons appris. Nous voudrions tellement qu'il n'en fasse pas!

En fait, nous voudrions qu'il ait appris; vouloir qu'il apprenne, c'est autre chose...


Faire des erreurs

Suffit-il de faire des erreurs pour apprendre? Bien sûr que non!

Il faut en plus:

Tout le travail d'apprentissage est là.


Pour pouvoir faire des erreurs, il faut faire

Voilà pourquoi le bon enseignant ne se limitera pas à donner des informations et des explications. L'élève a beau écouter, tant qu'il écoute, qu'il regarde ou qu'il lit, il ne peut pas faire d'erreurs. Il peut accumuler des informations; mais il ne peut pas commencer à apprendre. Il commence à apprendre quand il commence à chercher.

Quand on a fait une erreur (et à condition qu'elle n'ait pas été assez grave pour nous décourager à tout jamais), on devient plus attentif. Des informations qu'on avait écoutées d'une oreille distraite prennent tout à coup du sens.

Quand vous avez commencé à faire de l'informatique, on vous a sans doute dit de sauvegarder régulièrement votre travail. Oui, oui, c'était plein de bon sens. Vous le "saviez". Mais quand avez-vous vraiment appris le réflexe de sauvegarder? Eh oui! Quand vous avez une fois perdu deux heures de travail d'un seul coup à la suite d'une panne d'électricité...


Le traitement des erreurs

Une erreur est utile si elle est détectée rapidement. Une erreur est nuisible si elle passe inaperçue et si elle a le temps de se consolider dans la mémoire en se faisant passer pour un bon coup.

D'où l'importance de donner du feedback rapidement à l'élève, pendant qu'il travaille, sans attendre qu'il ait accumulé les erreurs. Les erreurs sont plus faciles à traiter une par une. C'est ce que fait un bon enseignant quand il fait de l'évaluation formative.

Si votre enfant a de la difficulté et que vous voulez l'aider, soyez avec lui pendant qu'il travaille et observez-le; et attirez son attention dès qu'il fait une erreur.

Ne le chicanez pas. Ne lui donnez pas la réponse. Attirez son attention pour qu'il se pose une question, pour qu'il cherche. Dès que l'on n'est plus sûr, que l'on se pose des questions et que l'on cherche, c'est signe qu'on apprend.


Voyons un exemple en écriture.

Il était un temps où on conseillait à l'enfant qui écrivait un texte de commencer à jeter ses idées sur le papier sans se préoccuper de l'orthographe. Après, quand le "brouillon" était fini, il était invité à corriger ses fautes en faisant son "propre".

Et on s'est rendu compte que c'était... une erreur! L'élève prenait l'habitude d'écrire d'abord n'importe comment, s'habituait à voir des fautes sans s'en préoccuper tout de suite. On a fini par comprendre que c'était plus efficace de rester constamment en éveil, même au brouillon. Tout d'abord, c'est plus économique d'éviter une faute que de la faire et de la corriger ensuite. Mais surtout, une faute qu'on voit et qu'on corrige tout de suite n'a pas le temps de se consolider.

Pourquoi, pensez-vous, les enfants ont-ils tant de facilité à apprendre à l'aide de l'ordinateur? Oui, bien sûr, parce que c'est amusant, puissant, à la mode, motivant.

Mais surtout parce que le feedback est instantané: ça fonctionne ou ça ne fonctionne pas, et on le sait tout de suite.


Faire et refaire

Pour apprendre, il faut faire souvent. Recommencer. C'est le temps que l'on passe à s'améliorer qui rend l'amélioration durable. À condition, bien sûr, que ce temps soit actif, qu'il permette de progresser, que les erreurs s'éliminent d'une fois à l'autre.

Le bon enseignant, ce n'est pas seulement celui qui sait beaucoup de choses; ce n'est pas seulement celui qui peut donner beaucoup d'informations ou d'explications.C'est celui qui accompagne un élève qui se pose des questions et qui cherche; et qui ne se satisfait pas de l'à peu près. Qui n'hésite pas à recommencer, oui, mais aussi à faire recommencer.

Le bon enseignant, ce n'est pas celui qui dit quoi; c'est celui qui montre comment.

Et vous, comme parent, que pouvez-vous faire pour aider votre enfant à "faire et refaire?"


Ce que vous pouvez faire comme parent

D'abord, éviter de donner des réponses, sauf lorsqu'il n'y a pas moyen de faire autrement pour faire comprendre. Donnez plutôt des pistes pour les trouver.

- Maman! Ça s'écrit comment, "cannibale"?

- Papa! Veux-tu réviser mon texte pour voir si j'ai des fautes?

Ensuite, se rappeler que "refaire" ne veut pas dire "répéter", mais "faire mieux". Pour cela, il faut savoir que ce l'on a d'abord "fait". Et s'en souvenir, pour ne pas refaire les mêmes erreurs.

Acceptez d'aider votre enfant, mais exigez d'abord qu'il s'aide lui-même: qu'il pose le problème correctement; qu'il vous dise d'abord ce qu'il a essayé et pourquoi il pense que ça n'a pas marché; qu'il fasse appel à sa mémoire...

- Maman! Comment je fais pour copier un paragraphe dans Word?


Faire et refaire: on résume!


Pour bien faire

C'est comme ... sauf que ...

Pour bien faire, il faut respecter la façon naturelle d'apprendre. Et cela consiste, en un mot, à partir de ce que l'on sait déjà pour essayer de le faire servir à nouveau.

Nous faisons tous cela. Si vous avez toujours navigué avec Explorer et que vous vous retrouvez pour la première fois devant Firefox (ou l'inverse), vous allez spontanément chercher des ressemblances. Si vous les trouvez, vous maîtriserez le 2e fureteur beaucoup plus vite que le premier, parce que ce que vous aurez appris du premier vous aura servi à nouveau.

Et vous vous direz sans doute: "Firefox, c'est comme Explorer..., sauf que les favoris s'appellent des signets, et que..."

Cette expression ("C'est comme..., sauf que...") illustre la façon naturelle d'apprendre: devant du nouveau, trouver des ressemblances avec l'ancien.


Chercher le minou

Même le bébé apprend ainsi. S'il a chez lui un chat et qu'il a appris, de peine et de misère, à ne pas lui tirer la queue mais plutôt à lui gratter la gorge pour le faire ronronner, il n'aura pas à recommencer le même apprentissage quand, pour la première fois de sa vie, il verra un nouveau chat.

Dans sa tête, il se dit: "Cette drôle de bibitte, au fond, c'est comme mon minou... sauf que...". Et il saura quoi faire.

Et plus tard, même l'élève qui dit "ils sontaient" quand vient le temps de conjuguer nous montre qu'il essaie la même stratégie: "l'imparfait, c'est comme le présent..., sauf qu'on ajoute -aient". Pas de chance, il est tombé sur une exception! Mais même l'erreur nous montre qu'il est intelligent et capable d'apprendre, puisqu'il part de ce qu'il sait et qu'il essaie de le généraliser (de le faire servir à nouveau). Comme quand il était petit, il "cherche le minou"...


Généraliser

Cette façon d'apprendre est précieuse. En apprenant un petit nombre de choses à l'école, on peut se débrouiller dans un grand nombre de situations dans sa vie. Exactement comme le jeune enfant, qui a appris à traverser prudemment la rue devant chez lui, saura ensuite traverser prudemment n'importe quelle rue... même s'il y a des différences. Parce que le grand boulevard, c'est comme sa rue, sauf que...

Si cette façon d'apprendre n'existait pas, il faudrait toujours recommencer à zéro. Il nous faudrait une vie pour apprendre la vie, et une autre pour la vivre. Tandis que là, on fait les deux en une seule vie!

Évidemment, il y a toujours de nouvelles choses à apprendre. Mais souvent, cela exige simplement d'adapter à un nouveau contexte ce que l'on sait déjà, et non pas de partir de zéro.

C'est comme si le cerveau était un écologiste: il essaie toujours de recycler, de récupérer.

Voilà pourquoi le bon enseignant s'efforce toujours de partir du connu pour aller vers l'inconnu, de faire un lien avec une situation que l'élève connaît déjà, de prendre des exemples dans la vie de tous les jours.


Attacher ses connaissances ensemble 

Tout comme ce gardien de prison qui surveillait mieux tous ses prisonniers s'il les attachait ensemble que s'il les laissait se promener partout, le cerveau retient mieux ses connaissances s'il fait des liens, s'il les "attache ensemble".

Un profane qui regarde une partie d'échecs pendant quelques instants ne saura pas, ensuite, replacer de mémoire la plupart des pièces sur l'échiquier. Un professionnel, lui, y parviendra facilement. Pourquoi?

Non, ce n'est pas parce qu'il est plus intelligent ou parce qu'il a plus de mémoire. C'est parce qu'au lieu d'essayer de retenir la position de chaque pièce séparément (ce qui est impossible), il retient des configurations, des blocs, des réseaux de pièces. Il "attache les pièces ensemble".

En attachant les connaissances ensemble, on leur donne du sens. Et on retient mieux ce qui a du sens que ce qui n'en a pas.

Comment aider un élève à attacher ses connaissances ensemble?


Les stratégies

Si on donne un poisson, dit le proverbe, on nourrit pour un jour; si on montre à pêcher, on nourrit pour la vie.

Si on fournit à l'élève des liens sur Internet, on lui donne des connaissances; si on lui montre à se servir de Google, on lui donne des stratégies, des outils.

L'enseignant qui explique à l'élève un événement historique lui fournit des connaissances; celui qui lui apprend comment consulter des ouvrages de référence ou une ligne du temps lui donne des stratégies, des outils.

Dites à votre enfant quelle formule utiliser pour résoudre son problème de maths, vous l'aidez à résoudre un problème: celui-là. Montrez-lui pourquoi telle formule peut l'aider plus que telle autre dans cette situation, vous venez de l'aider à résoudre n'importe quel problème de ce type.

Attacher ses connaissances ensemble, cela se fait avec des pourquoi et des comment. Pas avec des qui, des quoi, des quand et des .


La puissance de l'image: un peu d'étymologie

Le mot diable vient d'une racine grecque (dia-bolein) qui signifie "celui qui divise". Dia- est une racine séparative, comme dans dialyse, par exemple.

Le contraire étymologique du diable? Non, ce n'est pas le bon Dieu! C'est "celui qui réunit" (syn-bolein), bref, le symbole. En effet, la racine syn- signifie "rassembler, attacher ensemble", comme dans synthèse, par exemple.

Comment un symbole peut-il rassembler?

Au Moyen-Âge, le roi qui envoyait séparément deux espions à l'étranger devait leur fournir un signe de reconnaissance. Il déchirait ("dia-bolisait") une image et en donnait la moitié à chacun d'eux. Au lieu de rendez-vous, les deux espions, qui ne se connaissaient pas, "attachaient ensemble" ("sym-bolisaient") les deux morceaux et hop! l'image (le symbole) apparaissait, prenait du sens et les deux inconnus pouvaient alors commencer à travailler ensemble.

Qu'est-ce que cela nous apprend?

Cela nous apprend tout simplement que le cervau ne travaille pas d'abord avec des mots, mais avec des images, des symboles.

Les mots, ce sont des pièces isolées sur l'échiquier. Les images, les idées, les symboles, ce sont des configurations.

Et voilà pourquoi le bon enseignant va fournir à l'élève des images, des comparaisons, des exemples, des analogies.


Nous arrivons au terme de ce module. Peut-être ne vous en reste-t-il pas de souvenir précis. Mais vous vous souviendrez probablement du gardien de prison et de ses prisonniers, du grand maître et son échiquier ou du roi et de ses deux espions.

Finalement, c'est l'essentiel. Parce qui si vous vous souvenez de ça, tout le reste va vous revenir. L'image aura "attaché ensemble" vos connaissances sur l'apprentissage.


ON RÉSUME TOUT?

 1

Apprendre, c'est donner du sens aux choses en faisant des liens entre elles.

2

Quand on apprend, on acquiert des connaissances (qui dépendent de la mémoire), des habiletés (qui dépendent de la pratique) et des attitudes (qui dépendent des expériences et des influences). Quand on sait se servir des trois ensemble, on développe des compétences.

3

Pour apprendre, il faut avoir une motivation, c'est-à-dire une raison d'apprendre ou un intérêt à apprendre, ainsi que la confiance qu'on est capable d'apprendre.

4

Personne ne peut apprendre à la place de l'élève. On ne peut pas forcer un élève à apprendre, pas plus qu'on ne peut le forcer à penser. On peut simplement le placer dans des situations favorables.

5

Pour apprendre, il faut avoir l'occasion de faire par soi-même, d'expérimenter, de résoudre des problèmes et de faire des erreurs. Pour ne plus faire d'erreurs, il faut avoir eu l'occasion d'en faire.

6

Pour apprendre, il faut réfléchir à ce que l'on a fait, voir comment on s'y est pris, analyser ses erreurs, se regarder faire, faire des "post-mortem" et essayer de nouveau, différemment. Sinon, on ne fait que constater ses erreurs et les répéter.

 7

On n'apprend pas une fois pour toutes. Ce qui ne sert pas est oublié. Pour le conserver, il ne faut pas seulement le répéter; il faut s'en servir dans de nombreuses situations différentes.

 8

Apprendre demande un effort, mais l'effort seul ne suffit pas. On peut faire beaucoup d'efforts et ne pas apprendre si on ne sait pas quels efforts précis il faut faire.
  9 On apprend plus facilement quand on est actif que si on se limite à écouter passivement.

  10

Les interactions aident l'apprentissage. On apprend plus facilement si on a l'occasion d'échanger avec les autres et de coopérer avec eux à la réalisation d'un projet, à l'accomplissement d'une tâche ou à la résolution d'un problème.

EN COMPLÉMENT: notre Foire aux questions sur l'apprentissage:

1

Est-il vrai que le "par coeur" n'a plus sa place à l'école?

Non, ce n'est pas vrai. Il faut encore mémoriser des données précises et il faut encore savoir des choses sans avoir à les chercher. L'élève qui ne fait pas l'effort d'apprendre par coeur des dates, des formules, des faits est condamné à l'"à peu près" ou à devoir chercher sans cesse dans ses livres.

Par contre, contrairement à autrefois, le "par coeur" seul ne garantit pas la réussite. Il faut savoir des choses par coeur pour savoir faire des opérations (comme utiliser un ordinateur, par exemple). Mais les savoir par coeur (avoir des connaissances) ne garantit pas que l'on saura quoi faire avec, bref, qu'on aura les habiletés nécessaires.

2

Comment se fait-il que mon enfant a tant de facilité à apprendre des paroles de chansons ou des commandes de jeux vidéo et tant de difficulté à apprendre ses leçons?

Tout ce que cela prouve, c'est qu'il est parfaitement capable d'apprendre... quand ça l'intéresse! Un enfant qui dit: "Je ne suis pas capable" veut souvent dire: "Je ne trouve pas ça intéressant". Voilà pourquoi il vaut mieux essayer de rendre les apprentissages intéressants que de les faire faire de force. Comme parents, vous aiderez davantage votre enfant en lui posant des questions dans des situations de vie quotidienne, en discutant avec lui et en lui donnant des occasions d'être curieux qu'en lui "faisant réciter ses leçons".

3

J'ai parfois l'impression qu'on apprend bien des choses inutiles à l'école. Pourquoi forcer l'élève à acquérir des connaissances qui, souvent, ne lui serviront pas dans la vie de tous les jours?

La société change tellement vite que plus personne ne peut savoir vraiment ce qui sera utile ou pas dans la vie d'un élève quelques années plus tard. Plusieurs apprentissages que l'on fait à l'école sont en réalité des prétextes à apprendre d'autres choses utiles plus tard. Faire une recherche sur l'éléphant ne donne pas grand-chose en soi: peu de gens ont affaire aux éléphants dans la vraie vie! Mais c'est surtout une façon d'apprendre à rechercher de l'information, à comparer des renseignements, à présenter un exposé ou à faire un résumé; et ça, ça sert dans la vie de tous les jours.

4

Mon enfant passe des heures devant la télévision. Est-ce de la perte de temps ou est-ce que cela peut l'aider à apprendre?

Ce qui aide à apprendre, c'est d'être actif intellectuellement. Regarder un téléroman n'apprend pas grand-chose si on ne fait que suivre l'histoire passivement. Mais si on discute avec l'enfant, si on lui demande de raconter l'histoire, de comparer les événements de l'épisode à des faits de la vie réelle, à trouver des mots précis pour décrire un personnage, alors pratiquement n'importe quelle émission de télévision peut devenir une occasion d'apprendre. C'est moins le contenu de l'émission qui compte que l'effort intellectuel que fait ou ne fait pas l'enfant avec ce contenu. Et regarder une émission "culturelle" ou "éducative" ne donnera rien de plus que de regarder un téléroman si on ne fait que la regarder.

De même, on peut encourager l'enfant à regarder occasionnellement la télévision en anglais, surtout s'il vit dans un milieu où les occasions d'entendre parler anglais sont rares. C'est une façon plus efficace "d'apprendre son anglais" que de mémoriser des listes de vocabulaire ou de conjuguer des verbes irréguliers. Si vous comprenez vous-même l'anglais et regardez l'émission avec lui, ne lui faites pas automatiquement la traduction: demandez-lui d'abord ce qu'il a compris ou deviné du sens général; ou fournissez-lui un synonyme en anglais.

5

On entend beaucoup parler, ces dernières années, d'apprentissage coopératif. De quoi s'agit-il exactement?

C'est une façon d'enseigner où l'on encourage les élèves à travailler en équipe, à préparer et à réaliser ensemble des projets, à s'entraider pour résoudre des problèmes ou pour s'expliquer des choses, à s'évaluer entre eux. Les recherches montrent que l'on apprend davantage quand on est actif et que l'on communique. Expliquer à un camarade est une excellente façon de mieux apprendre soi-même. Travailler en équipe et mettre en commun ce que l'on sait est plus motivant et plus efficace que de toujours faire ses affaires tout seul dans son coin.

Ce n'est pas une recette-miracle et l'élève doit continuer à faire des efforts individuels en classe pour apprendre, puisque personne ne peut apprendre à sa place. Mais, utilisée avec jugement, c'est certainement une méthode plus efficace que le cours magistral.

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N'y a-t-il pas des modes en éducation? Les bonnes vieilles méthodes n'avaient-elles pas leurs avantages?

Il y a des modes en éducation comme ailleurs, c'est vrai; particulièrement en ce qui concerne les manuels scolaires, qui se renouvellent fréquemment. Mais l'éducation n'évolue pas seulement à travers les modes; elle évolue aussi à mesure que les recherches en psychologie nous disent plus clairement comment le cerveau apprend. Et cette évolution-là va toujours dans le même sens: rendre l'apprentissage attrayant et faire faire à l'élève des choses qu'il pourra ensuite faire par lui-même dans la vraie vie.

Et même dans le "bon vieux temps", les bons enseignants, ceux qui nous ont vraiment appris quelque chose, c'était ceux qui savaient nous intéresser et qui nous donnaient l'occasion d'expérimenter.

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Est-ce que l'ordinateur et Internet vont changer la façon d'apprendre?

Ces outils ont l'avantage de pouvoir fournir à l'élève beaucoup plus d'informations que l'enseignant tout seul et de pouvoir "s'occuper" de chaque élève individuellement. Mais pour cela, il faut que l'enseignant ait fait bien du travail de préparation. S'il envoie simplement les élèves "surfer" sur le Web ou "faire du traitement de texte", ils n'apprendront pas plus que s'il les envoie simplement au centre d'achats. Mais si l'élève a une activité précise à réaliser, du travail intellectuel à faire (rechercher de l'information, comparer des faits, résumer des textes, répondre à des questions, etc.), alors il pourra vraiment bénéficier de ces technologies pour apprendre mieux.

Un autre avantage de l'ordinateur, c'est que, contrairement à l'enseignant et au parent, il ne se fatigue pas, il est d'humeur égale et il a tout son temps. Bien utilisé, il va forcer l'élève à "faire et refaire" aussi longtemps que cela ne sera pas fait comme il faut.

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Est-ce une bonne idée, comme parent, de vérifier les travaux de mon enfant et de lui faire réciter ses lecons?

Tout dépend de l'âge de l'enfant, évidemment. L'idée, c'est que l'enfant apprenne graduellement l'autonomie et s'occupe peu à peu de prendre ses études en mains. Au primaire, il a généralement besoin d'un encadrement quotidien; à partir de la 3e ou 4e année, il n'est plus nécessaire que vous soyez toujours présent pendant qu'il travaille, mais il est utile de revoir son travail avec lui une fois qu'il est fait. Au secondaire, cela peut se faire moins souvent: à l'occasion de la préparation d'un examen, par exemple.

Ce qui est important, c'est qu'il se ménage du temps pour son travail scolaire; et qu'il sache que ce qu'il fait à l'école vous intéresse. Le rôle du parent n'est celui d'un "prof du soir". Tout d'abord, vous ne l'aiderez jamais, peu importe son âge, en faisant les travaux à sa place. Ensuite, à mesure qu'il vieillit, vous n'avez plus à faire les travaux avec votre enfant: il faut qu'il apprenne à les faire par lui-même, sans compter sur vous. Sauf s'il vous le demande parce que ça l'aide à apprendre, vous n'avez pas non plus à corriger les travaux de votre enfant: ce sera fait par l'enseignant ou en classe. Quant à "réciter" les leçons, il vaut mieux lui demander de vous expliquer que de lui faire jouer les magnétophones.

Finalement, même s'il vous demande de l'aide, essayez de lui poser des questions plutôt que de lui donner les réponses. Les réponses, il les aura en classe. Mais les questions, elles, il n'est pas sûr que l'enseignant aura le temps de toutes les lui poser. Et ce sont les questions, bien plus que les réponses, qui permettent d'apprendre.

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Y a-t-il une façon d'étudier plus efficace que d'autres?

Si elle existait, tout le monde la connaîtrait! Mais elle n'existe pas. Chacun a sa façon d'apprendre et d'étudier. L'important, c'est d'aider votre enfant à trouver celle qui lui convient à lui. Certains apprennent mieux en parlant, d'autres en écrivant, d'autres en faisant. Certains ont besoin d'exemples; d'autres ont besoin de comprendre pourquoi on doit faire les choses de telle manière et non pas de telle autre. Certains ont besoin de concentration et de solitude pour étudier. Mais d'autres vont rêvasser et perdre leur temps dans une ambiance de concentration et de solitude: ils ont besoin au contraire d'être stimulés, de discuter. Certains ont besoin de travailler régulièrement; d'autres ne deviennent productifs que sous la pression des échéances. C'est en essayant différentes techniques que l'on finit par trouver celle qui nous convient (et cela n'est pas toujours celle qui nous plaît le plus!)

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Qu'est-ce qui est le plus important, à l'école: d'être le meilleur ou de faire son possible?

Ni l'un ni l'autre. Le plus important, c'est de savoir ce que l'on doit apprendre. Faire son possible n'est pas suffisant si cela ne mène pas au résultat que l'on cherche; il faut alors apprendre à faire les choses autrement, sans nécessairement faire plus d'efforts, mais de meilleurs efforts. L'effort est nécessaire, mais il ne suffit pas: il faut encore qu'il serve à quelque chose.

Quant à être le meilleur, il n'y en aura de toute façon qu'un seul par classe qui atteindra cet objectif! L'idée, c'est de réussir ce que l'on entreprend. Cela peut être utile de se comparer aux autres pour leur emprunter leurs bonnes idées et mieux apprendre soi-même. La vie comporte des situations de compétition et il n'y en a peut-être plus assez à l'école. Mais la vraie satisfaction vient de bien faire les choses, bien plus que de les faire mieux qu'un autre.

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Que faire en cas d'échec scolaire?

Pour l'élève, d'abord deux choses: en connaître les causes et ne pas se décourager. Sur le plan de la matière (en maths ou en biologie, par exemple), l'enseignant et l'école feront ce qu'il faut pour fournir à l'élève des occasions de récupération. Assurez-vous d'abord, comme parent, que votre enfant profite de ces services, qui lui donneront des explications et des techniques. Mais vous pouvez l'aider efficacement en l'aidant à prendre conscience des attitudes qui lui ont nui: était-il trop confiant? a-t-il trop attendu pour se mettre au travail? a-t-il eu peur de demander de l'aide? s'est-il découragé avant d'essayer? était-il trop perfectionniste?

Condamner ou punir aide rarement. Excuser, pas davantage. Il faut que votre enfant prenne conscience qu'il ne sert à rien de blâmer le prof, l'école ou la matière; et qu'il ne sert à rien de se blâmer soi-même non plus. À l'école comme dans la vie, on récolte ce que l'on sème. Si votre enfant n'est pas heureux de la récolte, se désoler ne sert à rien: il faut qu'il apprenne à semer autre chose. Personne ne peut semer à sa place. Et il est capable de semer. À deux conditions: qu'il le veuille et qu'on lui montre comment.

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À quoi ça sert d'apprendre, si c'est pour oublier à mesure?

Si on se donne le mal d'apprendre, en effet, c'est pour que ça nous serve à nouveau. Et bien des choses qu'on apprend à l'école ne nous serviront plus jamais telles quelles. Elles ne servent que si on apprend à les utiliser ailleurs. La vraie vie ne peut pas être une simple répétition de l'école. Mais elle peut donner du sens à ce qui s'apprend à l'école; et vous, comme parent, vous pouvez y contribuer.

L'élève qui vient de passer un examen d'histoire va se dépêcher de l'oublier, c'est vrai, puisqu'il n'aura plus d'autres examens sur cette matière précise. Mais si on discute d'actualité à la maison, si l'on essaie de comprendre l'époque où se passe tel film historique à succès, si on lit les journaux, si... , des connaissances acquises à l'école vont revenir et se consolider. La simple habitude, en famille, de fouiller dans un dictionnaire pour trancher une discussion ou vérifier un fait est déjà un moyen très efficace de prolonger les apprentissages faits à l'école.

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Fondamentalement, qu'est-ce que c'est qu'apprendre?

En un mot, apprendre, c'est faire des liens, c'est donner du sens aux choses. Vous avez du mal à circuler dans une ville inconnue parce que vous devez découvrir chaque rue l'une après l'autre. Mais au bout de quelques jours, vous connaissez ses différents quartiers, vous savez comment retomber sur une artère principale, vous situez les éléments les uns par rapport aux autres. La ville prend du sens pour vous, non pas parce que vous l'avez toute visitée, mais parce que vous avez créé dans votre tête des liens entre ses divers éléments. Vous l'avez apprise.

Apprendre, ce n'est pas accumuler des connaissances, pas plus qu'apprendre une ville ne consiste à circuler dans le plus de rues possibles. C'est en "attachant ses connaissances ensemble" qu'on apprend.

Et c'est aussi en faisant des erreurs et en les corrigeant. Les erreurs servent à apprendre. Voila pourquoi il ne faut pas punir un élève qui apprend et qui fait des erreurs. C'est normal et c'est bon signe. Mais il faut l'aider à réfléchir sur ses erreurs, à en trouver les causes, à découvrir comment il pourrait faire autrement. Sinon, il va les répéter indéfiniment. Et elles ne lui serviront pas à apprendre, mais à se décourager. Et ça, ce serait une grosse erreur!

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Le Ministère annonce de nouveaux programmes d'études, dans lesquels il sera question de compétences transversales. De quoi s'agit-il?

Il s'agit d'habiletés qui sont utiles dans toutes les matières. Par exemple: distinguer un fait d'une opinion; ou résumer un texte; ou écrire sans fautes; ou savoir travailler en équipe. Jusqu'à maintenant, ces habiletés n'étaient pas enseignées systématiquement ou on n'en parlait que dans le cours de français. À l'avenir, on devra enseigner ces habiletés dans toutes les matières.

Le Ministère a ainsi voulu montrer que, par exemple, lire correctement un problème de math, ce n'est pas seulement faire des maths; c'est aussi traiter de l'information, savoir se poser des questions, comparer l'information qu'on a et celle qui nous manque, etc. Et ça, c'est utile partout; pas seulement en mathématique.

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Quelle est l'idée de toujours changer les programmes d'études? 2 plus 2, ça fait toujours 4, non?

Ce qui change dans les programmes, c'est rarement le contenu: c'est vrai que Jacques Cartier a toujours découvert le Canada en 1534! Ce sont les façons de l'enseigner qui changent. Avant, par exemple, ce qui était important, c'était de connaître la date par coeur. Aujourd'hui, on trouve plus important que l'élève sache ce que Cartier venait faire en Amérique à ce moment-là. De même, le laboratoire de sciences était, auparavant, un complément au cours, en endroit où l'on allait assister à des démonstrations pour vérifier que ce qu'on avait appris en classe était bien vrai. Aujourd'hui, c'est l'occasion de découvrir par soi-même, de faire des hypothèses; et c'est en classe que l'on vérifie ensuite.

Et puis, certaines réalités changent malgré tout: l'ordinateur fait son entrée à l'école; le communisme, depuis son effondrement, n'a plus besoin d'être enseigné en économique, mais plutôt en histoire; et ainsi de suite.

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Mon enfant perd son temps en classe; le prof est obligé d'enseigner pour les plus faibles et lui, pendant ce temps-là, perd le goût d'apprendre.

C'est un problème réel: on a toujours tendance à s'occuper davantage de ceux qui ont de la difficulté. Certaines écoles (au secondaire surtout) offrent des programmes adaptés aux élèves plus performants. Mais, en général, c'est la responsabilité de l'enseignant de diversifier son enseignement pour stimuler tout autant les forts que les faibles.

S'il a un enseignement de type traditionnel, où tous les élèves font la même chose en même temps, il va devoir "viser au milieu" et il perdra les plus forts et les plus faibles. Voilà pourquoi il est préférable d'enseigner par projets, où les élèves peuvent apprendre à leur rythme, où on peut proposer de l'enrichissement aux plus forts et de la récupération aux plus faibles. On peut aussi confier des responsabilités particulières aux élèves plus forts; par exemple, d'expliquer aux autres. Dans ce type d'apprentissage coopératif, tout le monde y gagne et particulièrement les élèves forts: la meilleure façon d'apprendre, c'est encore d'enseigner!

Finalement, si votre enfant a le goût et la facilité d'apprendre, il n'y a pas que l'école. Quelles stimulations intellectuelles lui offrez-vous à la maison? Lui proposez-vous des lectures? Discutez-vous de l'actualité? L'emmenez-vous voir des expositions? Allez-vous à la bibliothèque municipale avec lui? Regardez-vous des émissions de télévision en famille?

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On a beau dire qu'apprendre, c'est l'affaire de l'élève; mais n'est-il pas vrai qu'un bon enseignant fait toute la différence?

En général, plus l'élève est jeune et plus il a de difficulté à apprendre, plus la relation affective qu'il a avec son enseignant a de l'importance. Souvent, quand il aime le prof, il aime la matière. La première qualité d'un enseignant, c'est de faire aimer ce qu'il enseigne, de donner le goût du travail, de donner confiance qu'on est capable de réussir. Des enseignants, très compétents dans leur programme, seront incapables de rejoindre (de "mettre à ON") des élèves parce qu'ils ne savent pas les rejoindre sur le plan affectif.

Par ailleurs, même le meilleur enseignant n'est pas un magicien: il ne peut pas apprendre et travailler à la place de l'élève, il ne peut pas vouloir à sa place, il ne peut pas toujours "aller chercher" un élève hostile ou qui "ne veut rien savoir". Vous-même, comme parent, il y a des moments où vous êtes incapables de motiver votre enfant ou de communiquer avec lui. Et l'enseignant, il en a une trentaine comme le vôtre. Ne lui demandez pas l'impossible.

Finalement, il est possible que l'enfant n'aime pas tel prof (et parfois, on le peut facilement le comprendre!). Le travail du parent, ici, ne consiste pas à le lui faire aimer (cela ne se commande pas), mais bien plus à l'aider graduellement à faire la différence entre l'enseignant et la matière enseignée. C'est une distinction qui exige une certaine maturité affective et qui ne peut donc commencer à se faire qu'au secondaire.

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Comment se fait-il que ma mère, qui n'a qu'une 6e année, écrit correctement alors que mon enfant, qui est en 5e secondaire, fait dix fautes dans un paragraphe?

Grosse question! Le problème de l'orthographe est d'ailleurs universel: les Américains s'en plaignent autant que nous. C'est d'ailleurs pour cette raison que les nouveaux programmes de français du Ministère mettent très fortement l'accent sur l'écriture.

Cela dit, il faut garder en mémoire que la quantité de connaissances que l'élève doit assimiler à l'école est beaucoup plus considérable que par le passé: on ne demandait pas à votre mère de se débrouiller avec un ordinateur, d'avoir des préoccupations écologiques, de s'ouvrir à d'autres cultures, etc. Et elle n'avait pas un petit boulot à temps partiel et la télévision n'existait pas.

Curieusement, l'arrivée de l'ordinateur peut représenter un espoir: Internet, le courrier électronique, la bibliothèque virtuelle, les traitements de texte, voila un retour en force de l'écrit dans notre société. S'il devient plus important qu'avant de savoir écrire dans notre société et si l'on doit écrire plus souvent, les élèves comprendront mieux l'importance de l'écrit. En attendant, voici une suggestion pour apporter votre contribution comme parents: utilisez un babillard familial pour échanger des messages. Et insistez pour que les messages soient écrits correctement.

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Moi aussi, quand j'étais jeune, je détestais l'école et j'en faisais le moins possible. Qu'est-ce que je peux faire avec mon enfant qui me dit qu'il trouve ça "plate", alors que je comprends si bien?

Qu'est-ce que vous faites quand votre enfant est malade et se plaint? Vous le soignez, bien sûr; et vous lui dites que vous le comprenez, bien sûr. Mais vous lui faites aussi comprendre que ça va mieux qu'hier, qu'il va guérir plus vite s'il se soigne correctement, qu'il y a quand même des choses qui vont bien, etc. N'est-ce pas?

C'est pareil pour l'école. Vous ne l'aiderez pas en dénigrant l'école en sa présence; et vous ne l'aiderez pas non plus en essayant de lui faire croire que tout est de sa faute. Vous l'aiderez en cherchant d'abord avec lui des moyens pour qu'il réussisse. Souvent, quand "c'est plate", c'est parce qu'on a de la difficulté. Dites-lui, par exemple, d'utiliser au maximum le temps de classe (qui est "plate" de toute façon et où il ne peut pas faire autre chose de toute façon) pour avoir ensuite moins de pression à la maison (où il peut faire ce qui l'intéresse).

Bref, ayez une attitude d'adulte devant ses problèmes d'enfant ou d'adolescent. Devant un problème, l'enfant ou l'adolescent cherche "à qui la faute?"; l'adulte cherche "quelle est la solution?".

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Mon enfant a toujours bien réussi à l'école jusqu'à cette année. Et là, tout à coup, plus rien ne fonctionne. Se peut-il qu'un élève "désapprenne" des choses qu'il savait?

Bien sûr! Sur le plan strict de l'apprentissage, le cerveau a tendance à faire le ménage et à éliminer ce qui ne sert pas. Si l'élève désapprend, c'est que ce qu'il a appris n'est pas sollicité suffisamment ou suffisamment souvent; c'est normal. Voilà pourquoi les programmes actuels favorisent plutôt un apprentissage en spirale (où on revient fréquemment sur des notions apprises pour les approfondir ou pour les utiliser dans de nouvelles situations) plutôt qu'un apprentissage séquentiel (où on apprend une chose après l'autre à fond et où on n'y revient plus jamais ensuite).

Par ailleurs, des changements extérieurs (puberté, changement d'amis ou d'école, peine d'amour, essai de drogues, conflit avec l'enseignant, etc.) peuvent aussi expliquer que, tout à coup, un élève réussisse moins bien... tout simplement parce qu'il a la tête ailleurs. C'est la première chose à vérifier dans de telles situations.

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Est-ce une bonne idée de récompenser mon enfant pour de bons résultats scolaires (et de le punir pour de mauvais résultats)?

Une récompense matérielle peut être utile de façon exceptionnelle, pour atteindre un objectif précis dans une situation particulière. Mais il ne faut pas que cela devienne une habitude. Votre enfant doit comprendre qu'il ne doit pas se soucier de réussir pour plaire à ses parents, mais parce qu'il est plus heureux et plus content de lui en réussissant et en constatant ses progrès. De même, une punition pour des choses qui se passent à l'école peut, de façon exceptionnelle toujours, aider à débloquer une situation quand les autres moyens ont échoué. Mais cela ne doit pas être fait régulièrement.

Par contre, les félicitations et les encouragements (ou les mises en garde, si nécessaire) ne sont pas à ménager. Votre enfant profitera plus durablement de votre intérêt sincère, de vos marques d'appréciation et de votre disponibilité pour partager ses réussites et ses déceptions que des "pourboires" que vous pourriez lui donner.