Le journal scolaire
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Le journal de classe

Présentation

Le présent guide pédagogique vise à outiller des enseignants du primaire qui désireraient se lancer, avec leur groupe d'élèves, dans la production d'un journal scolaire.

Compte tenu de la diversité des modalités de réalisation possibles d'un tel projet, ce guide ne prétend pas fournir une série de scénarios d'activités "clés en mains" comme le ferait un manuel scolaire. Il vise plutôt à clarifier une problématique de base, à présenter une liste de décisions qui devront être prises par l'enseignant et son groupe dans la réalisation du projet, à proposer des pistes d'activités et à présenter des ressources disponibles sur Internet en relation avec le journal scolaire.

Ce projet est conçu à l'intention plus particulière des classes du deuxième cycle du primaire (3e et 4e années). Lorsqu'il sera pertinent de le faire, des suggestions d'enrichissement et d'approfondissement seront faites à l'intention des classes du 3e cycle (5e et 6e années).

Le journal scolaire est essentiellement un projet de communication et, à ce titre, concerne d'office le programme de français. Par contre, compte tenu du choix possible de certaines thématiques et du travail de recherche qui pourra être demandé aux élèves en cours de réalisation, le projet pourra intégrer des apprentissages de certains autres programmes disciplinaires.


Sommaire du projet

La publication d'un journal scolaire est un projet de communication riche en apprentissages potentiels et une source de motivation importante pour les élèves.

Ils y trouvent en effet :

Du point de vue de l'enseignant, ce projet permet une grande souplesse dans la prise en compte du temps consacré, de l'ambition du produit final, de l'orientation du contenu et, de façon plus pratique, des ressources matérielles et techniques disponibles ainsi que du degré de familiarité de l'enseignant avec les technologies.
En effet, des paramètres tels que le format du journal, son nombre de pages, sa fréquence de publication et sa structure thématique relèvent entièrement de l'enseignant et de son groupe et permettent de moduler facilement le temps et l'énergie requis par la réalisation d'un tel projet.


Qu'est-ce qu'un journal scolaire?

Il n'est pas facile, surtout en contexte technologique, de différencier les diverses publications que peut réaliser un groupe d'élèves : album collectif, journal, page Web, journal électronique Aux fins du présent projet, nous vous proposons les caractéristiques suivantes :

1) UN IMPRIMÉ

Même s'il sera largement réalisé à l'aide de moyens électroniques (traitement de texte, éditeur électronique, etc.), le produit final sera un imprimé. Taille, format et nombre de pages pourront varier selon l'âge des élèves, l'ampleur du projet et les moyens techniques disponibles; toutefois, le support final sera sur papier et exigera une reproduction par photocopieur, ainsi qu'un assemblage physique.

À titre de complément, on pourra éventuellement envisager, en plus, une publication du journal sous forme électronique (que ce soit en format PDF pour en respecter la mise en page ou en HTML pour exploiter le médium Internet, dans le cadre de projets de correspondance scolaire ou d'entretien d'un site Web de la classe ou de l'école; il s'agit cependant de projets d'une autre nature qui ne seront pas traités ici, mais dans d'autres guides de la même collection.

2) UN PÉRIODIQUE

Par définition, un journal comprend plusieurs numéros, publiés à intervalle. Si l'on envisage une seule production, nous ne sommes plus dans un projet de journal, mais plutôt d'album ou de monographie. La fréquence de publication (sa périodicité) peut, sur une année scolaire, varier entre une publication hebdomadaire et une publication semestrielle. Il nous apparaît qu'une publication par étape de l'année scolaire (c'est-à-dire quatre fois dans l'année) est une fréquence qui offre le meilleur compromis entre la nécessité d'installer une certaine continuité entre les numéros et celle de laisser au groupe suffisamment de temps pour réaliser un produit de qualité.

3) DESTINÉ À UN PUBLIC

Tout projet de communication (et le journal scolaire en est un) doit avoir un destinataire. Pas question de faire un journal scolaire qui n'aurait comme lecteurs que les élèves de la classe qui l'auront produit. Il importe donc d'identifier un public cible (une autre classe, tous les élèves de l'école, les parents, une autre école, le grand public) dont on tiendra compte en élaborant le contenu et en rédigeant les articles.

4) RESPECTANT DES CONVENTIONS JOURNALISTIQUES

Un journal n'est pas une revue, un magazine ou une monographie. On y trouve donc la "Une", qui n'est pas une page couverture, et qui comprend, outre un ou deux articles vedettes, des éléments convenus tels que le logo, le titre du journal, une date de publication, un sommaire, etc. De même, on recherchera un équilibre tant sur le plan de la forme (texte, photos, illustrations) que sur le plan du contenu (textes d'opinion tels qu'éditorial ou tribune libre; reportages; textes d'information).


Les grandes décisions

1) LE LECTORAT

Qui va lire cette publication? S'il s'agit de jeunes du même âge, qui sont-ils : des autres groupes de la même classe dans l'école? des élèves d'une autre école dans le cadre d'un échange? S'il s'agit de jeunes d'un âge différent, il s'agira en général d'élèves plus jeunes : élèves d'une autre classe dans la même école, par exemple. On peut également envisager que le lectorat soit l'ensemble des élèves de l'école. Finalement, il peut s'agir d'un lectorat adulte : on parle alors essentiellement des parents des élèves du groupe.

Cette décision est capitale car elle déterminera non seulement le tirage du journal, mais surtout le contenu des articles : il faudra prendre en compte les intérêts et la capacité de lecture du public cible.


2) LE FORMAT

Cette décision est d'abord déterminée par les ressources d'impression dont on va disposer pour le tirage. Pour pouvoir exploiter un minimum de possibilités de mise en page, le format final ne devrait pas être inférieur au format lettre (8 ,5 x 11). Il vaut mieux oublier tout de suite les solutions consistant à utiliser un format lettre ou même un format légal plié en deux.

Si l'impression finale s'effectue sur un photocopieur ordinaire, il faudra se résigner à un format lettre complet, imprimé recto-verso et agrafé ou, mieux, relié. Si le photocopieur est un peu plus perfectionné et permet de gérer un format double lettre (11 x 17) qui sera ensuite plié en deux, c'est la solution idéale, et c'est celle que nous considérerons pour la suite de ce projet. Évidemment, si le budget et les ressources permettent de transiger avec un imprimeur, on pourra envisager le format tabloïd. Mais de telles ressources sont rarement disponibles dans une école primaire, surtout sur une base régulière.

Une autre décision déterminante concerne l'emploi de la couleur. Ici, la contrainte ne vient pas de la production électronique (la plupart des logiciels gèrent la couleur), mais des ressources d'impression. Disposera-t-on d'une imprimante couleur pour sortir les originaux et d'un photocopieur couleur pour imprimer les exemplaires? Et si oui, le budget le permettra-t-il? Dans la plupart des cas, à notre connaissance, la réponse sera non et il faudra donc produire en noir et blanc ou en teintes de gris. Il faudra en tenir compte dans le choix des illustrations (des illustrations couleur trouvées sur Internet, par exemple, sortiront très mal en noir et blanc).


3) LE NOMBRE DE PAGES

Le nombre de pages doit être pair (à cause du recto-verso) et, si l'on procède en folio (une grande feuille pliée en deux), un multiple de quatre. Il peut d'ailleurs être intéressant de faire découvrir cette contrainte aux élèves eux-mêmes. On parle donc d'un format de 4, 8, 12 ou 16 pages. Il faut être conscient que l'accroissement du nombre de pages se traduit toujours par des coûts d'impression plus élevés et par la nécessité d'un contenu rédactionnel conséquent pour les combler. Il faudra également prendre en compte le nombre d'articles, la longueur de ceux-ci, ainsi que la place qui sera prise par les illustrations. Disons qu'un format de 8 ou 12 pages nous semble une bonne hypothèse de départ.


4) LA PÉRIODICITÉ

Nous en avons traité précédemment. Une publication par étape de l'année scolaire nous semble une fréquence confortable.


5) L'ARTICULATION DU CONTENU

Un premier choix est à faire : un numéro donné du journal sera-t-il général ou thématique? S'il est général, on visera une diversité des articles, si possible en reproduisant la structure d'un vrai journal : reportages, page culturelle, page sportive, éditorial, chroniques, etc. S'il est thématique, il faudra choisir le sujet avec soin (nous avons vu des publications scolaires portant, par exemple, sur le respect de l'environnement, sur le racisme, sur les loisirs) et explorer les diverses facettes du sujet, en s'assurant d'un lien entre les divers articles. L'approche thématique permet de concentrer les énergies et d'approfondir un sujet. Par contre, il faut que le sujet soit suffisamment vaste pour permettre la diversité des contributions dans un cadre cohérent. Règle générale, l'approche thématique est plus exigeante; il vaudrait mieux, pour une première expérience, privilégier l'approche généraliste. Une fois la publication installée, il sera toujours possible de préparer un numéro spécial, comme le font souvent les périodiques professionnels. Une dernière piste permet de combiner les deux approches en insérant un dossier spécial (thématique) dans une publication généraliste. Cela ne peut se faire, toutefois, que dans une publication d'une certaine ampleur.


6) L'ORGANISATION DES TÂCHES

La réalisation d'un tel projet exige un équilibre entre des phases de travail collectif (choix des sujets, brainstorming de contenu, décisions collectives sur le titre, la maquette, etc.) et des phases de travail personnel ou en équipes. Dans ce dernier cas, on peut envisager deux approches :


7) LA DIFFUSION

Cet aspect du projet est évidemment conditionné par le choix du lectorat (voir 1 ci-dessus). Une première décision consiste à déterminer si le journal sera distribué gratuitement ou vendu. Dans la majorité des cas, si le public cible est essentiellement composé de jeunes, le journal sera gratuit. Mais des apprentissages intellectuels et sociaux fort significatifs pourront être réalisés si le journal est vendu, même à un prix symbolique tel que 10 cents : publicité, gestion budgétaire, etc. Cette hypothèse n'est évidemment réalisable que si le lectorat du journal comporte des adultes : parents, grand public, etc. Certaines classes vendent ainsi leur journal dans la communauté, par exemple en tenant un kiosque lors de certains événements sociaux.

Même si le journal est distribué gratuitement, la gestion des exemplaires peut donner lieu à des apprentissages variés : calcul et contrôle de l'inventaire, coordination de la livraison, cueillette des réactions des lecteurs, etc. Enfin, il peut être intéressant d'inclure dans le projet, parallèlement à la distribution des exemplaires physiques du journal, une diffusion par fax (auprès de certains commerces ou organismes de la communauté, par exemple), à condition, bien sûr, que les destinataires aient préalablement donné leur accord.


Le contexte technologique

Sur le plan technique, la production d'un journal repose d'abord et avant tout sur une gestion rigoureuse de l'espace (les pages du journal) et sur la combinaison d'éléments graphiques (illustrations, filets, trames, encadrés) et de blocs de texte. Un traitement de texte ordinaire ne suffit pas, et un traitement de texte sophistiqué tel que Word exige un degré de maîtrise hors de la portée de la plupart des élèves du primaire.

Il faut donc pouvoir disposer au minimum d'un éditeur graphique permettant de gérer à la fois des éléments graphiques et des blocs de texte (ClarisWorks ou Corel Draw, par exemple) ou, carrément d'un éditeur électronique (Publisher, QuarkXpress ou InDesign, par exemple). Dans ce dernier cas, on ne se servira que des fonctions élémentaires de ces outils sophistiqués; mais ils fourniront la souplesse nécessaire à la réalisation d'une mise en page correcte.

Les élèves pourront saisir et corriger leurs textes dans leur traitement de texte habituel. Mais le montage final devra se faire dans l'éditeur.

Si l'école est bien équipée, on pourra trouver une utilité certaine à des périphériques tels qu'un numériseur et une tablette graphique, qui permettent de produire des illustrations électroniques aisément manipulables par la suite. Sinon, il ne faut pas perdre de vue que le montage final des originaux peut très bien se faire, comme dans le bon vieux temps, sur papier : on imprime le texte et, sur le papier, on ajoute (à la main au crayon feutre noir ou encore par collage physique) les éléments graphiques.

Ce qui sera réalisé par les élèves et ce qui sera assumé par l'enseignant dépendra évidemment de l'âge des élèves et de leur degré de maîtrise du contexte technologique. L'idéal, bien sûr, est de pouvoir confier intégralement une page (contenu et formatage) à une équipe d'élèves. Une autre formule consiste à confier toute la mise en page à une équipe d'élèves qu'on accompagnera de plus près. Sinon, c'est l'enseignant qui devra assumer la mise en page.


Une démarche

Il est évident que c'est la production du premier numéro du journal qui mobilisera le plus d'énergie, car elle exige des prises de décision (vocation, titre, maquette) qui détermineront les numéros ultérieurs. Nous vous proposons ci-dessous les grandes étapes d'une démarche qui conduira à la réalisation du premier numéro : les publications suivantes n'en reprendront que les éléments pertinents.


1) LES PRÉALABLES

Un tel projet ne s'annonce pas de but en blanc en classe sans une préparation soigneuse du terrain. Essentiellement, cette phase vise à réunir deux préalables :

  • la motivation des élèves à réaliser un journal;
  • la connaissance de base des caractéristiques d'un journal, avec les possibilités et les contraintes inhérentes à ce mode de communication.

Deux approches sont possibles. Dans le premier cas, on invite les élèves à lire des journaux et, particulièrement, des journaux scolaires. Il est fort possible que le fait de voir ce que d'autres classes ont réalisé leur donne l'envie de les imiter. Dans le second cas, on s'efforce de faire émerger le besoin d'un projet de communication d'abord, d'orienter les élèves vers le journal comme un moyen de satisfaire ce besoin et, finalement, de leur faire connaître les caractéristiques essentielles du langage journalistique.

La lecture, l'étude et la comparaison de divers journaux devraient permettre aux élèves de découvrir les caractéristiques énoncées précédemment (imprimé périodique destiné à un public et respectant des conventions journalistiques) et d'en dégager les principales constantes :

  • graphiques : titre, logo, pagination, colonnes, polices de caractères, filets, trames, encadrés, illustrations
  • formelles : le rôle particulier de la Une, titrage et sous-titrage, signature, sommaire, crédits
  • structurelles : distinction entre textes d'information et d'opinion, genres journalistiques (éditorial, reportage, entrevue, fait divers, critique, etc.), actualité et chroniques

2) LA VOCATION DU JOURNAL

C'est au cours de cette étape que se prennent les décisions, évoquées précédemment, relatives au lectorat, à la périodicité et surtout à la vocation du journal (qui conditionnera l'articulation du contenu). Cette vocation peut être de :

  • faire connaître les élèves, leurs activités, leurs réalisations, leur groupe, leur école ou leur milieu;
  • traiter de sujets ou de thématiques qui les intéressent (loisirs, vedettes, sports, musique, mode juvénile);
  • refléter l'actualité (locale, mais aussi régionale, nationale ou internationale : plusieurs journaux scolaires se donnent comme vocation de choisir des événements de l'actualité générale et de les expliquer dans un langage de jeunes).

Un même journal peut aussi combiner plusieurs de ces vocations. Il s'agit aussi, à ce stade, d'envisager de façon large l'ensemble des publications à venir (par exemple les quatre numéros de l'année scolaire) pour déterminer si tous ces numéros seront articulés de la même façon ou si des thèmes particuliers pourront donner une couleur particulière à un numéro donné.

Il est souhaitable que ce travail s'effectue de façon collective : brainstorming, formulation d'hypothèses, critique et, finalement, prise de décision - par vote si nécessaire.


3) LA MAQUETTE ET LES NORMES DU PUBLICATION

On détermine ici le cadre graphique général qui sera commun à tous les numéros du journal et qui encadrera la forme et la présentation des textes. La maquette sera, dans une certaine mesure, conditionnée par les contraintes techniques et budgétaires de production et d'impression et l'enseignant devra les faire connaître d'entrée de jeu. Par exemple, si le nombre de pages est limité par de telles contraintes, la marge de manuvre des élèves devra se situer à l'intérieur de ces balises.

Voici, entre autres, les éléments faisant partie d'une maquette générale d'un journal :

  • le titre du journal, le graphisme de ce titre, son logo s'il y a lieu, l'espace et la place qu'il faut lui réserver à la Une;
  • l'indication de lieu, de date et, s'il y a lieu, de numérotation;
  • la structure de la mise en page et, particulièrement, le nombre de colonnes;
  • le noir et blanc ou la couleur;
  • la police de caractères et la taille utilisées pour le texte ainsi que pour les titres et sous-titres; en général (mais ce n'est pas un absolu), on recommande une police avec empattement (ou sérif) telle que Times pour les textes et une police sans empattement, telle que Arial ou Helvetica pour les titres;
  • la notice de crédits : elle contient, au minimum, la classe, l'école et la ville, ainsi que la périodicité. On peut aussi indiquer le tirage, la vocation du journal, de même que, si le contexte de production s'y prête, des crédits personnalisés : le nom de l'enseignant responsable ainsi que le nom d'élèves qui auraient assumé des responsabilités particulières de coordination ou de production. Si des commanditaires, partenaires ou fournisseurs doivent être mentionnés, c'est également là qu'il convient de le faire;
  • la longueur moyenne des articles - qui peut varier selon le genre journalistique en cause;
  • les éléments qui reviennent à chaque publication : une caricature, par exemple, ou une capsule humoristique.
  • les normes de publication : marges, retraits, interlignage, utilisation des gras et des italiques, etc. Vu le caractère technique de ces normes et l'importance d'une cohérence globale à cet égard, il est souhaitable que ce soit l'enseignant qui prenne ces décisions et prépare, pour les élèves, des matrices électroniques contenant les divers styles (au sens des traitements de texte) à utiliser dans la publication.

À l'exception des normes de publication qui relèvent, comme on vient de le dire, de l'enseignant, il est souhaitable que la maquette fasse l'objet d'une élaboration collective ou, au minimum, d'une prise de décision finale par le groupe. Cette partie du projet est l'endroit idéal pour exploiter une approche compétitive-coopérative : il peut être très intéressant d'organiser un concours pour trouver le titre du journal ou de demander à différentes équipes de préparer un schéma de disposition de la Une - le groupe choisissant ensuite le meilleur des projets présentés.

Finalement, de façon à donner aux élèves une représentation concrète du produit final, il sera utile de réaliser et d'imprimer, pour le groupe, une maquette physique. Réalisée à l'aide de l'éditeur électronique (et donc, la plupart du temps, par l'enseignant), cette maquette n'a aucun contenu : le texte est composé de lettres sans signification et les illustrations sont représentées par des blocs graphiques traversés d'un X, par exemple. Le rôle de cette maquette est d'illustrer la mise en page générale et de donner les exemples les plus courants d'organisation du contenu : un article sur deux colonnes avec un encadré sur la troisième, par exemple; ou encore un article sur trois colonnes avec insertion d'une photo ou de cartouches; la Une; etc.


4) LE PLAN DU NUMÉRO

Il s'agit, essentiellement, d'un travail de contenu. Indépendamment des modalités de réalisation (que l'on déterminera à l'étape suivante), on fixe ici le nombre d'articles, le sujet de chacun, sa longueur approximative et, au moins à titre indicatif, leur ordre de présentation. Même si, lors du montage final du journal, des changements peuvent toujours être apportés, on devrait néanmoins, au terme de cette étape, avoir une idée assez claire du contenu de chaque page.

Le contenu dépend évidemment des choix effectués précédemment quant à la vocation et à la structure générale du journal. Si des chroniques régulières (éditorial, critique de spectacle, chronique sportive) en font partie, il faut leur allouer de l'espace en priorité et déterminer ensuite sur quel sujet précis elles porteront, à l'intérieur de leur vocation générale. Si le contenu du journal est général, il faut ensuite, au terme d'un brainstorming et d'une discussion collectifs, choisir les sujets des autres articles (reportages, entrevues), en prenant en compte des critères de diversité, d'intérêt des lecteurs et d'actualité. Si le journal est thématique, il faut explorer les divers aspects du thème et s'assurer d'en couvrir les principales facettes.


5) L'ORGANISATION DU TRAVAIL

Le travail de réalisation comporte deux grandes phases : la rédaction et la production.

La rédaction comporte la recherche d'information, l'écriture des textes, leur saisie et leur révision linguistique. Entrent aussi dans cette phase la recherche et la réalisation des illustrations.

La production comporte la mise en page, le formatage, le traitement graphique, la sortie des originaux et la reproduction.

Pour la rédaction, les modèles possibles d'organisation du travail sont nombreux. Chaque élève aura-t-il un texte à écrire? Certains textes seront-ils écrits en collaboration? Lesquels requièrent une recherche préalable, une visite ou une entrevue? Lesquels sont liés à un événement précis dans le temps? Utilisera-t-on des mécanismes de compétition (deux élèves ou groupes d'élèves présentant des propositions différentes pour un même article)? Les élèves devront-ils élaborer un plan de leur texte et le faire approuver avant de le rédiger? Tout le travail doit-il se réaliser en classe ou une partie peut-elle se réaliser à l'extérieur, sous forme de travaux personnels? La révision linguistique des articles sera-t-elle effectuée par l'auteur? Par un autre élève? Par un comité d'élèves? Par l'enseignant? Quel usage sera fait des correcteurs électroniques? Des apprentissages technologiques (principalement des techniques de traitement de texte) sont-ils à prévoir pour que les élèves puissent réaliser la saisie de leurs textes? Quelles illustrations sont à rechercher ou à réaliser?

Pour cette phase, il serait souhaitable que chaque élève ait une tâche à réaliser. Sans nécessairement s'imposer que chacun ait son texte à écrire (le plan du numéro et l'espace disponible risquent de ne pas le permettre), l'élaboration du contenu d'un numéro comporte, nous semble-t-il, suffisamment de tâches pour que chacun puisse apporter sa contribution propre : recherche, rédaction, titrage, correction, saisie, etc., etc.

En tenant compte des réponses à ces questions, du temps à allouer aux élèves pour chacune des tâches, on établira un échéancier qui précisera, pour chacun des élèves concernés, la date à laquelle devront avoir été accomplies les tâches qui leur auront été attribuées, ainsi qu'une date de tombée. À cette date, tous les textes et toutes les illustrations du numéro devront être disponibles dans leur forme définitive, en fichiers de traitement de texte pour les articles et en fichiers graphiques pour les illustrations (sauf celles qui, éventuellement, seraient réalisées à la main directement sur papier). On précisera aussi une date de sortie, qui sera celle de la distribution du numéro aux lecteurs.

La phase de production ne peut pas être l'oeuvre de tout le monde et, pour cette raison, se réalise idéalement hors des heures de classe (ou alors, il faut prévoir du travail autonome pour les élèves qui n'y seront pas impliqués). Si l'enseignant n'assume pas l'intégralité de la mise en page finale et de la sortie des originaux, il peut être intéressant de constituer une équipe de production et de confier à chaque élève une page ou deux à produire, à partir de la maquette déjà réalisée, et en s'assurant de la cohérence graphique d'une page à l'autre. Le choix de la formule dépend aussi de la disponibilité de l'ordinateur et du logiciel qui sera utilisé pour effectuer la mise en page.

C'est lors de cette phase que les élèves devront apprendre à équilibrer textes et illustrations, à enchaîner des blocs de texte, à jouer avec les interlignages et les espacements, à comprimer ou à aérer une mise en page pour tenir compte du contenu disponible, à jouer avec les filets et les encadrés pour séparer les articles, à chapeauter les articles d'un titre et, s'il y a lieu, à insérer des sous-titres ou des cartouches, etc.

Le travail final de production (sortie d'une épreuve, vérification et correction, sortie finale des originaux et impression) devrait être pris en charge par l'enseignant.


6) LA DISTRIBUTION

Compte tenu des décisions prises précédemment, notamment en ce qui concerne le lectorat du journal, il s'agit ici d'organiser la distribution des exemplaires physiques du journal.

Le contrôle des exemplaires en est un élément important. Les élèves doivent prendre conscience que chaque exemplaire (qu'il soit distribué gratuitement ou vendu) a une valeur et qu'il importe de savoir où il a abouti.

Ensuite, la mise en marché du journal peut donner lieu à des apprentissages intéressants. Plutôt que de simplement déposer une pile d'exemplaires sur le bureau du prof d'une classe de lecteurs, il est beaucoup plus pédagogique que l'élève s'entende avec le prof de la classe concernée pour faire aux élèves une brève présentation orale du journal qu'il vient livrer. Si le contexte le permet, on peut aussi organiser une campagne de publicité : affiches annonçant la sortie du journal, par exemple. De même, si on vise les parents, il peut être intéressant de préparer une lettre d'accompagnement si la distribution se fait par la poste ou le montage d'un kiosque si on exploite la tenue à l'école d'une réunion de parents.

De plus, si le journal est vendu (même à un prix symbolique comme 5 ou 10 cents), il y a des objectifs éducatifs importants à atteindre en rendant les élèves responsables de la valeur des exemplaires qui leur sont confiés et en les initiant à la reddition de comptes à cet égard (bilan des ventes, retour des invendus, etc.)

Finalement, il faut prévoir recueillir une forme de feedback du lectorat sur le journal. Cela peut se faire de façon informelle (en colligeant les impressions orales recueillies lors de la distribution) ou de façon plus formelle (par des questionnaires ou des sondages, par exemple). Non seulement ce feedback permettra-t-il d'orienter l'élaboration du prochain numéro, mais il constituera de plus un élément significatif de l'évaluation globale qui devra être faite de la réalisation du projet.


L'évaluation

Il importe ici de distinguer trois objets d'évaluation bien différents : l'évaluation du produit, l'évaluation de la démarche et, finalement, l'évaluation des apprentissages.

1) LE PRODUIT

Il s'agit ici d'effectuer, collectivement, un retour critique sur le produit final. Le respect du plan et de la maquette, l'intérêt et la pertinence des textes et des illustrations, la qualité linguistique, la clarté et la lisibilité de la mise en page, la qualité de l'impression sont les principaux critères sur lesquels devrait porter cette évaluation.

Cette évaluation doit, bien entendu, être placée dans une optique prospective : qu'est-ce qui est à conserver et qu'est-ce qui est à corriger lors de la production du prochain numéro? Faut-il remettre en question certaines décisions qui ont été prises pour ce numéro?

2) LA DÉMARCHE

De la même façon, collectivement (cela peut se réaliser au cours de la même séance), on invitera le groupe à son fonctionnement lors des diverses étapes du projet : répartition des tâches, attribution des responsabilités, respect des engagements, qualité des prises de décision collectives, fonctionnement des diverses équipes, souci d'entraide, capacité de critique constructive, débrouillardise sont les principaux aspects à évaluer et à débattre. Logique oblige, la contribution de l'enseignant devrait elle aussi faire partie de cette évaluation!

Là aussi, le retour sur la démarche doit d'abord viser à améliorer le fonctionnement futur.

3) LES APPRENTISSAGES

L’évaluation des apprentissages est évidemment conditionnée par les compétences que l’enseignant aura choisir de développer à travers ce projet. Il s’agira aussi bien de compétences disciplinaires (en français et en arts plastiques pratiquement d’office, plus d’autres programmes qui peuvent être touchés par le contenu de certains textes) que des compétences transversales..

Nous voudrions ici insister plutôt sur l'importance de s'assurer que chaque élève, à terme, aura eu l'occasion d'effectuer l'ensemble des apprentissages prévus (les mêmes pour tout le monde) et qu'il sera évalué sur ses apprentissages personnels, et non sur ceux de son équipe ou de son groupe.

Si, pour un numéro donné du journal, on procède par une répartition et une spécialisation des tâches, il faudra soigneusement planifier la rotation des tâches sur plusieurs numéros ou sur l'ensemble de l'année et s'assurer, par exemple, que tel élève, fort en graphisme et à qui il est tentant de confier toujours des tâches d'illustration, aura lui aussi l'occasion de rédiger un article et d'être évalué sur cette production.

De même, si des tâches sont réalisées en équipe et si le jugement final porte sur le produit de l'équipe, il faudra aussi se donner les moyens d'identifier la contribution individuelle de chaque élève.

Finalement, il convient de rappeler que si l'auto-évaluation et l'évaluation par les pairs ont toute leur utilité dans l'évaluation formative, l'évaluation sommative demeure la responsabilité de l'enseignant. S'il choisit (ce qui est correct) d'y intégrer des jugements d'autres provenances, il lui incombe toujours de superviser et de valider ces derniers.