La correspondance scolaire
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La correspondance scolaire

Présentation

Le présent guide pédagogique vise à outiller des enseignants du primaire qui désireraient se lancer, avec leur groupe d'élèves, dans des activités de correspondance scolaire.

Compte tenu de la diversité des modalités de réalisation possibles d'un tel projet, ce guide ne prétend pas fournir une série de scénarios d'activités "clés en mains" comme le ferait un manuel scolaire. Il vise plutôt à clarifier une problématique de base, à présenter une liste de décisions qui devront être prises par l'enseignant et son groupe dans la réalisation du projet et à proposer des pistes d'activités.

Ce projet est conçu à l'intention plus particulière des classes du deuxième cycle du primaire (3e et 4e années). Lorsqu'il sera pertinent de le faire, des suggestions d'enrichissement et d'approfondissement seront faites à l'intention des classes du 3e cycle (5e et 6e années).

La correspondance scolaire est essentiellement un projet de communication et, à ce titre, concerne d'office le programme de français. Par contre, compte tenu du choix possible de certaines thématiques et du travail de recherche qui pourra être demandé aux élèves en cours de réalisation, le projet pourra intégrer des apprentissages provenant aussi bien du Programme des programmes que de certains autres programmes disciplinaires.


Sommaire du projet

Une activité de correspondance scolaire est un projet de communication riche en apprentissages potentiels et une source de motivation importante pour les élèves.

Ils y trouvent en effet une occasion de se faire de nouveaux amis, de partager des intérêts et des préoccupations et, si les correspondants proviennent de pays étrangers, de s'ouvrir à d'autres cultures.

Du point de vue de l'enseignant, ce projet permet une grande souplesse dans la prise en compte du temps consacré, de la fréquence de l'activité, de l'encadrement thématique et de l'intégration ou non de cette activité dans d'autres projets (journal scolaire, site Web, etc.). De plus, les ressources technologiques exigées pour réaliser une activité de correspondance scolaire sont minimales et n'exigent, comme compétences informatiques, que celles liées à l'utilisation sommaire d'un traitement de texte et d'un logiciel de courrier électronique, dans la mesure où l'enseignant dispose, au moins pour lui-même, d'un accès Internet.

Les activités de correspondance scolaire ne sont pas une nouveauté : elles existent depuis qu'il est possible d'expédier du courrier! Par contre, l'arrivée des technologies, en permettant une transmission gratuite et instantanée, a remis ce type d'activité dans l'actualité pédagogique. Et c'est donc dans le contexte d'une correspondance électronique que le présent guide a été conçu.


Les formes de la communication électronique

Avant de suggérer une démarche pédagogique pour réaliser une activité de correspondance scolaire, il importe d'abord d'éclaircir, pour les non initiés, dans quels contextes technologiques peut s'établir une communication électronique et lequel de ces contextes est, à notre avis, le plus favorable à la réalisation d'une véritable activité pédagogique.

Le lien Internet et l'adresse de courriel simple

Communiquer électroniquement exige que l'ordinateur à partir duquel on communique soit relié à Internet.
La communication électronique exige ensuite que l'on dispose d'une adresse de courriel (du type monadresse@monserveur.com). Il s'agit, en fait, d'un espace sur le serveur de votre fournisseur ou de votre commission scolaire, auquel seul vous pouvez accéder, à l'aide d'un mot de passe. Il est aussi possible d'obtenir des adresses de courriel gratuites, autant que l'on voudra, directement sur le Web, à partir du site de certaines entreprises dont la plus connue est Hotmail.

À cette adresse de courriel, vous pouvez alors recevoir et envoyer non seulement des messages, mais aussi (en " pièce jointe ") toute forme de fichier électronique : des documents Word, des images, des pièces musicales (les fameux mp3), des séquences vidéo, etc.


Les autres formes de communication électronique

L'échange de messages ou de documents par courriel est la forme la plus simple de communication électronique, et c'est à elle que nous allons nous limiter dans le présent guide. Mais disons quelques mots des autres formes de communication, telles que " chat ", vidéoconférence, " newsgroups ", babillards, etc. et surtout des raisons pour lesquelles nous ne les recommandons pas dans le cadre d'activités de correspondance scolaire.

Ce terme (contraction de " bavardage au clavier ") est suggéré par l'Office de la langue française pour désigner l'activité connue dans le monde anglophone sous le nom de " chat " (prononcer " tchatt "). Cela consiste à dialoguer, en direct, avec un ou des correspondants qui se trouvent en ligne au même moment. C'est donc un change interactif en temps réel : on tape une phrase et on l'envoie; quelques secondes plus tard, le correspondant nous répond; et ainsi de suite. Il y a des clavardages à deux (privés) ou à plusieurs (publics).

On clavarde essentiellement de deux façons : soit à l'aide d'un logiciel de clavardage (le plus connu est ICQ), soit directement sur le Web, sur des sites de rencontres ou de bavardage.

Le clavardage est extrêmement populaire, et particulièrement chez les jeunes, qui feront sans doute pression sur vous pour l'utiliser en classe. Son interactivité et la possibilité de multiplier les correspondants à l'infini exercent une forte attraction sur les usagers. Par contre, dans un cadre pédagogique, c'est à déconseiller, pour les raisons suivantes :

  • L'enseignant perd tout contrôle sur les messages reçus et envoyés par ses élèves. Le clavardage est instantané et ne laisse aucune trace écrite une fois qu'on y a mis fin. Non seulement l'enseignant ne peut-il pas voir le contenu des discussions (qui peut être scabreux, haineux ou tout simplement de mauvais goût), mais il ne sait pas davantage avec qui l'élève est en contact : rien ne garantit qu'il s'agira réellement d'un autre élève de son âge, par exemple.
  • L'interactivité et la nécessité d'écrire vite pour soutenir un rythme de dialogue en direct encouragent des pratiques d'écriture déplorables : expédier le premier jet sans jamais se relire, recourir à des raccourcis tels que " entk " pour " en tous cas " ou " alp " pour " À la prochaine ", l'oralisation outrancière des écrits (" Ouin, c'est ben beau"), etc.
  • Le clavardage ne peut se faire qu'entre individus connectés au même moment. Si l'on veut clavarder pendant le temps de classe avec un correspondant en Australie, par exemple, le décalage horaire risque de rendre l'entreprise tout simplement impossible.

Voilà pourquoi nous vous conseillons d'oublier le clavardage comme moyen de correspondance régulier. Exceptionnellement, et à condition que cela se déroule dans un contexte collectif et que vous en gardiez le plein contrôle comme enseignant, cela pourra faire l'objet d'une activité spéciale dans le cadre d'une correspondance entre deux classes. On pourrait imaginer, par exemple, les deux enseignants, après s'être fixé rendez-vous, dialoguer en direct à l'écran sous le regard de tous leurs élèves.

Si les deux correspondants disposent chacun d'une caméra électronique et d'une vitesse de connexion suffisante, il est très facile (par exemple à l'aide d'un logiciel tel que CU-SeeMe) de faire de la vidéoconférence. Dans ce cas, la communication n'est plus écrite, mais audiovisuelle (ou multimédia, comme on dit de plus en plus).

Pour les mêmes raisons que pour le clavardage, la vidéoconférence est un outil à réserver à une activité exceptionnelle, collective et bien préparée : par exemple une visite en direct de la classe jumelle. Il ne faut d'ailleurs pas perdre de vue que la vidéoconférence n'offre que l'avantage du direct (si c'en est un!) : on peut parfaitement tourner une séquence vidéo, l'éditer et l'expédier sous forme de fichier par courriel ce qui nous semble nettement préférable.

Ici, la communication ne se fait plus en direct. On rejoint, sur un babillard ou directement sur Internet, un " groupe de discussion " sur un certain sujet. Tout comme certains sites Web se spécialisent dans les autos ou les acteurs de cinéma, par exemple, les " newsgroups " regroupent des amateurs d'un sujet donné (les " fans " de karaté, par exemple, ou les admirateurs de Céline Dion!).

Il existe, littéralement, des dizaines de milliers de newsgroups sur Internet, la plupart en anglais, et ils contiennent le meilleur et le pire. Pour des raisons évidentes, l'accès à des newsgroups devrait, selon nous, être proscrit dans le cadre de quelque activité pédagogique que ce soit.

Quant au babillard électronique (BBS, en anglais), il ne nous semble utile que s'il s'agit d'un babillard interne ou privé et placé sous le contrôle de l'enseignant (ce qui exige alors des compétences technologiques dépassant celles de l'enseignant moyen). Pour cette raison, il n'en sera pas question dans le présent guide.


Résumons : à notre avis, une activité de correspondance scolaire à la fois pédagogique et relativement aisée à réaliser ne peut réalistement se faire que dans un contexte collectif (c'est-à-dire des élèves de votre classe vers les élèves d'une autre classe bien identifiée et dont vous connaissez le responsable), et par envoi de courriel.

Ceci posé, la première décision, avant même de rechercher une classe pour correspondre, consiste à déterminer si le projet d'écriture que constitue la correspondance scolaire sera :

Cette décision soulève beaucoup de questions, tant pratiques qu'éthiques, que nous allons maintenant examiner.


Questions pratiques et éthiques

Toute correspondance électronique pose d'emblée la question de la confidentialité du courrier. L'usager ordinaire de courrier électronique s'attend, bien sûr, que seul le destinataire lise les messages qu'il envoie et que lui-même seul puisse lire les messages qu'il reçoit. Même si la sécurité sur les serveurs laisse beaucoup à désirer (n'importe quel administrateur de serveur peut facilement examiner le contenu des boîtes à lettres, sans parler des " hackers " auquel rien ne résiste), le courrier de l'usager ordinaire demeure habituellement privé tant qu'il ne livre pas son mot de passe. Dans un contexte ordinaire, l'échange de courriels est généralement privé, donc confidentiel.

Un projet de correspondance scolaire est-il un contexte ordinaire?

Avant de répondre à cette question, examinons d'abord les contraintes techniques.


Une adresse ou plusieurs?

Si l'on parle d'adresse courriel que vous donne votre fournisseur d'accès (qui est en général votre commission scolaire) il vous en fournit une seule, pour vous; à la rigueur, il pourra, sur demande spéciale, en fournir une seconde pour votre classe, mais c'est tout. Mais cette contrainte se contourne si l'on parle d'adresse de courriel Web: des entreprises telles que Hotmail ou même des sites spécialisés en correspondance scolaire (comme ePals, dont nous reparlerons) peuvent vous fournir autant d'adresses de courriel différentes que vous en demanderez.

Ce ne sont donc pas des limitations techniques qui viendront régler notre problème pédagogique ou éthique : une adresse ou plusieurs?


Le contexte scolaire

Une activité de correspondance scolaire qui se déroule en classe et pendant le temps de classe est une activité pédagogique dont l'enseignant, ultimement doit assumer la responsabilité. Si des élèves s'échangent des obscénités par courriel à l'intérieur d'une telle activité et que cela se sait, vous ne pourrez pas plaider la confidentialité du courrier : c'est une activité que vous aurez organisée et vous devrez démontrer que vous avez mis en place des mécanismes de contrôle raisonnables pour empêcher les communications répréhensibles.

Par ailleurs, il ne s'agit pas d'une activité libre ou de loisir, mais d'une activité d'apprentissage : il vous incombe d'en superviser le déroulement et d'évaluer le contenu des productions des élèves. Pour cela, il faut que vous puissiez les lire (au moins certaines d'entre elles).

Vous aurez donc compris que le contexte d'une activité de correspondance scolaire n'est pas un contexte privé. Il importe que vos élèves soient clairement informés, dès le départ, que vous êtes susceptible de lire n'importe lequel de leurs messages et qu'ils ne doivent donc rien y écrire qui soit de nature confidentielle.

À cette contrainte s'ajoutent les contraintes d'étiquette habituelles en télématique : ne rien écrire d'illégal, de grossier, d'injurieux, de raciste ou de haineux; respecter, lorsqu'il y a lieu, le caractère privé des messages; respecter les règles de sécurité en vigueur (et notamment ne pas communiquer des mots de passe); etc. Et il est de votre responsabilité d'enseignant d'intervenir si de tels comportements se manifestent à l'intérieur de votre projet de correspondance scolaire.

En conséquence, si votre projet de correspondance est multilatéral (chaque élève communique avec un autre élève), il faut vous assurez qu'un contrôle de votre part soit possible sur l'ensemble des échanges, même si vous ne vous imposez pas de tout lire.

Cela dit, rien n'empêche Sébastien, de Sainte-Foy et Thierry, de Grenoble, de correspondre privément le soir à la maison. Vous pouvez même leur faciliter les choses s'ils vous demandent des conseils sur des logiciels de clavardage ou des sites de courrier gratuit. L'important, c'est que ces échanges privés (sur lesquels vous n'avez aucun contrôle et donc aucune responsabilité) se déroulent hors de votre classe et de votre activité de correspondance scolaire.

Par ailleurs, ils nous semble souhaitable que vous conserviez non seulement un contrôle sur le contenu des messages, mais aussi sur leur rythme. Si telle paire d'élèves échange un bref message de deux phrases chaque jour tandis que telle autre échange une longue lettre chaque semaine, on ne parle pas des mêmes exigences, du même type de message, ni des mêmes apprentissages, ni, finalement, du même projet.


Notre recommandation

Pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, nous vous recommandons que l'expédition des messages s'effectue de façon groupée, d'enseignant à enseignant, à un moment convenu et selon une fréquence convenue et ce, même si le projet est multilatéral.

Ainsi, chaque mercredi, par exemple, chacun de vos élèves vous remet un fichier texte (de type Word, par exemple) qui constitue son envoi de la semaine. Après un coup d'oeil sur le contenu, vous regroupez les 25 fichiers de votre classe dans un document comprimé de type Winzip (ou Stuffit, sur Macintosh). Vous envoyez ensuite, à partir de votre adresse de courriel, un message à votre enseignant homologue, en attachant le fichier comprimé en pièce jointe. À sa charge ensuite, après avoir reçu votre envoi, de décomprimer le fichier joint et de donner à chacun de ses élèves le fichier qui lui est destiné.

Vous aurez bien des choses à discuter avec votre enseignant homologue lorsque vous l'aurez trouvé ( la durée du projet, la fréquence des échanges, le caractère collectif ou multilatéral de la correspondance, les sujets libres ou imposés, etc., etc.). Toutefois, avant de jumeler votre classe à la sienne, le temps de ce projet de correspondance, assurez-vous que vous êtes, lui et vous, sur la même longueur d'onde quant aux visées pédagogiques du projet, quant aux contraintes éthiques qui viennent d'être énumérées et quant au mode d'expédition.


La responsabilité légale

Si votre projet permet des contacts électroniques individuels entre élèves, il sera prudent d'obtenir le consentement écrit des parents pour la participation de leur enfant à cette activité, tout comme vous le demandez déjà pour une activité spéciale ou une sortie éducative. Quelques mots expliquant les objectifs et les modalités du projet, accompagnés d'un formulaire de retour de signature, vous éviteront bien des problèmes en cas (improbable, mais toujours possible) d'incident.

De même, vous devez vous assurer que des renseignements nominatifs confidentiels ne sont pas transmis par les élèves au cours de cette activité; il s'agit particulièrement de ses coordonnées à domicile (qui sont nécessairement aussi celles de ses parents) : adresse, numéro de téléphone, adresse de courriel familiale, etc., qui doivent être carrément censurées si elles apparaissent dans un message. Dans les cas où des élèves souhaitent entrer en contact privément à l'extérieur de l'école (pour se téléphoner, par exemple), vous devrez obtenir l'accord écrit et explicite des parents pour le permettre.

Ces précautions de sécurité peuvent sembler tatillonnes. Mais, outre le fait qu'il s'agit d'une obligation légale, il faut penser qu'une adresse ou un numéro de téléphone qui tombe dans de mauvaises mains peut parfois donner lieu à des intrusions déplaisantes dans la vie privée de l'élève et de ses parents, voire à des blagues de mauvais goût ou à du harcèlement. Mieux vaut prévenir que guérir.


Trouver l'âme soeur

L'étape suivante consiste à trouver, quelque part dans le monde francophone (à moins que ce projet ne se déroule dans le cadre du cours d'anglais), une classe d'élèves du même âge que les vôtres et dont l'enseignant est, lui aussi, prêt à piloter un projet de correspondance scolaire. La première prise de contact effective se fera donc, dans un premier temps, d'enseignant à enseignant.


Les sites spécialisés

Il existe plusieurs sites francophones consacrés à la correspondance scolaire et qui permettent à des classes désireuses de correspondre avec d'autres de s'inscrire et de prendre contact. Le site ePals est le plus connu.

Les modalités varient d'un site à l'autre, mais, en gros, le principe est toujours le même : celui des clubs de rencontre : " Classe de 24 élèves de 5e année de Baie-Comeau, au Québec, souhaite correspondre avec une classe du même âge (10-11 ans) en Belgique; si intéressé, envoyer un courriel à . ".

Et la suite se passe aussi comme sur les sites de rencontres : on a des conceptions pédagogiques et des exigences communes ou pas, on s'intéresse à des sujets semblables ou pas, la classe désirée est encore disponible ou pas, on trouve une classe qui nous convient ou pas, etc. Quand le clic finit par se faire avec un autre enseignant, on peut alors songer aux modalités pratiques de réalisation du projet.

Une contrainte incontournable : sauf dans des projets très particuliers (et très supervisés!) de parrainage entre élèves d'âges différents, il faut que les élèves de l'autre classe soient du même âge que les vôtres. Vous savez fort bien à quel point, au primaire, un écart d'âge (même d'une seule année) correspond souvent à une autre culture et à d'autres intérêts.


Ici ou ailleurs?

Vaut-il mieux rechercher une classe québécoise ou au contraire européenne, asiatique ou africaine?

Il n'y a évidemment pas de réponse toute faite à cette question. La classe québécoise présente l'avantage de partager les mêmes références culturelles, la même actualité locale et les mêmes particularités linguistiques. Et, tout dépendant de son éloignement géographique, elle offre la possibilité de compléter l'activité de correspondance par des interactions " en personne " : visites, échanges d'élèves, compétitions sportives, etc.

La classe étrangère présente, quant à elle, l'attrait d'une autre culture, voire de l'exotisme. Elle permet, tout en parlant de soi, de réaliser des apprentissages géographiques, historiques et culturels importants. Les thématiques sont beaucoup plus aisées à développer : particularités géographiques ou climatiques, coutumes, habitudes alimentaires, mode de vie, manifestations culturelles nationales, etc. Par contre, il faudra plus de tolérance envers les particularités communicationnelles d'élèves d'une autre culture et faire des efforts d'adaptation en conséquence. Et, sauf dans un contexte exceptionnel où un milieu socio-économique particulièrement aisé pourrait permettre de réaliser un voyage à l'étranger, la communication demeurera strictement épistolaire.

À vous et à vos élèves de choisir! D'ailleurs, avant d'engager votre classe dans un jumelage formel, il faudra discuter avec vos élèves de leurs préférences quant au type de classe avec laquelle ils souhaiteraient correspondre.

Finalement, rien ne vous empêche de mener de front des correspondances avec deux classes différentes (une québécoise et une étrangère, par exemple) : tout dépend de la fréquence des échanges, de l'ampleur que vous souhaitez donner ou pas au projet et du temps que vous êtes prêt à y consacrer.


Jusqu'à ce que la vie nous sépare?

Un mot, aussi, de la durée d'un projet de correspondance scolaire. Comme la coordination du projet s'effectue d'enseignant à enseignant et que chaque enseignant n'est habituellement responsable du même groupe que pendant un an, un tel projet ne saurait excéder une année scolaire. Avec l'implantation de la structure de cycle dans les écoles, on peut imaginer qu'un même groupe d'élèves reste deux ans ensemble. Mais il faut alors trouver l'équivalent à l'étranger et c'est pratiquement impossible. Bref, à toutes fins utiles, votre projet démarré au cours de l'automne se termine au plus tard en juin avec la fin de l'année scolaire.

À l'inverse, même si l'on peut envisager une correspondance ponctuelle et limitée dans le temps (quelques semaines ou une étape de l'année scolaire, par exemple), il est souhaitable que le projet s'étale sur toute l'année, peu importe la fréquence des échanges. Le plaisir de correspondre provient aussi du processus d'apprivoisement mutuel et aussi d'une certaine régularité qui peut faire office de rituel. Les élèves pourront aussi y apprendre des valeurs d'engagement et de fidélité, voire de simple courtoisie, qui pourront leur être fort utiles dans notre société trop souvent portée à considérer les échanges humains comme des objets de consommation de type " fast food "!


S'entendre

Une fois la classe correspondante trouvée, vous avez d'abord un certain nombre de questions à discuter avec l'enseignant de cette classe, de façon à vous entendre sur vos attentes réciproques et sur les modalités de fonctionnement du projet. Si le projet est lancé trop hâtivement, sans avoir pris le temps d'un tel échange, on accroît les risques que l'une des deux parties se sente déçue ou que le projet n'ait pas l'encadrement nécessaire pour fonctionner durablement.

Voici quelques questions à régler avec votre partenaire :


Le résultat de cette discussion entre collègues devrait donner lieu à un calendrier du projet, qui préciserait, au minimum, les dates de lancement et les dates de tombée et d'envoi. Voici, à titre d'illustration, un scénario typique :

Septembre :
préparation de chacune des classes isolément (présentation du projet, identification de la classe jumelle, recherche d'informations sur la ville et la région de cette classe, rédaction d'une fiche personnelle de présentation par chaque élève.

Début octobre :
échange bilatéral et simultané d'un message de bienvenue et des fiches personnelles de chaque élève.

Début novembre :
échange d'un message collectif sur " ce que nous savons déjà de votre ville et de votre région et ce que nous voudrions savoir ".

Au cours de novembre :
élaboration et application du mécanisme de pairage des correspondants individuels.

Début décembre :
prise de contact entre correspondants individuels.

Mi-décembre :
activité spéciale pour Noël et échanges de voeux par vidéoconférence.

Par la suite :

Fin mai :
activité spéciale de fermeture du projet.

Bien entendu, il ne s'agit là que d'un exemple. Selon la fréquence et les modalités convenues entre les enseignants, le calendrier pourra prendre une allure toute différente.


De quoi parler?

Ou, plus exactement, sur quoi écrire?


Figures libres ou imposées?

Un premier conseil : résistez à la tentation de limiter l'ensemble du projet de correspondance aux " figures imposées ". Les élèves, bien sûr, auront besoin d'idées s'ils sont en panne d'inspiration tout comme ils auront besoin de conseils sur la façon d'écrire et d'organiser leur message. Il peut devenir alors bien tentant d'imposer, pour chaque échange, un thème ou un sujet.

À notre avis, il est utile de le faire pour certains échanges ou pour une partie du projet; mais il est essentiel de ménager une place importante à la correspondance libre. Pour des raisons de motivation, bien sûr, mais aussi pour des raisons pédagogiques. En effet, la correspondance scolaire demeure un prétexte à l'apprentissage de l'écriture (et, à un degré moindre, de la lecture) et la capacité de choisir un contenu approprié en tenant compte de l'interlocuteur fait partie intégrante de la compétence à écrire. Se demander sur quoi écrire, par exemple, est une condition nécessaire de l'apprentissage à écrire. L'élève à qui l'on fournit toujours le sujet, le plan et les matériaux de son message n'apprendra jamais à élaborer un message personnel.

La formule la plus féconde, selon nous, consiste en un judicieux dosage des " figures libres " et des " figures imposées ".


Les sujets possibles

À l'intérieur des contraintes élémentaires dictées par la légalité, la sécurité, la décence, le bon goût et le respect des personnes, les sujets possibles ne sont limités que par la créativité, l'âge et les intérêts des élèves. Ils devraient donc souvent avoir voix au chapitre quand viendra la temps de déterminer des sujets collectifs, les " figures imposées ". Comme pour tout projet, la motivation des élèves sera meilleure s'ils sont consultés - même si c'est à l'intérieur de certaines limites fixées par l'enseignant ou à partir de suggestions qu'il aura faites.

Se connaître

Cela dit, si on a fait toutes ces démarches pour trouver une classe jumelle, c'est d'abord pour apprendre à se connaître. Il est donc naturel que les premiers échanges, tout au moins, visent à vous décrire mutuellement vos caractéristiques personnelles, celles de votre classe, de votre école, de votre quartier, village ou région, afin de rechercher des ressemblances et des différences, des intérêts communs et des particularités culturelles. Par exemple :

Discuter

Ici, l'intérêt ne vient pas du fait qu'on parle de soi, mais plutôt du fait qu'on interagit, en posant des questions, en fournissant des réponses, en confrontant des arguments, en échangeant des renseignements. De façon à ne pas réduire une correspondance à une simple empilade de " travaux de recherche ", on essaiera de donner un tour personnalisé aux échanges, que ce soit en encourageant l'emploi du je et du tu ou en se référant à un message précédent (" Tu me demandais si..."). L'important, ici, est de conserver à la correspondance sa vocation de dialogue (même s'il est écrit et espacé) plutôt qu'un simple énoncé d'informations ou un affichage de travaux scolaires (qui n'ont pas besoin de correspondants et sont alors mieux servis par une exposition ou un site Web).

Si vous avez convenu de thèmes avec votre collègue, il est plus dynamique de présenter ce thème aux élèves sous forme de question-déclencheur (Les animaux sont-ils bien traités dans notre société?) que sous la forme neutre d'un titre (Les Jeux Olympiques).

Selon les formules que vous aurez retenues, les formes du débat peuvent être très variées : division et opposition en pour et contre par classes ou par sous-groupes dans la classe; prise de position collective, après débat et recherche en classe; regroupement de paires d'opposants après sondage d'opinion, etc., etc.

D'ailleurs, il n'y a pas que la formule du débat qui soit dynamique. Les sondages (Quels sont les loisirs les plus en vogue dans notre classe? ) ou les concours ( Votez pour votre site Web préféré parmi les suivants: ... ), de même que les défis ( Qui suis-je? ou Lequel d'entre nous a écrit?...) peuvent facilement mobiliser les jeunes. Une autre formule à exploiter est celle de " l'histoire à deux mains " : une classe écrit le premier paragraphe d'une histoire; l'autre classe poursuit avec le paragraphe suivant; et ainsi de suite, alternativement. Cette formule peut aussi être utilisée entre deux correspondants individuels.

Quant aux thèmes et aux sujets, tout ce qui intéresse et préoccupe les deux groupes de jeunes peut être matière à dialogue. Prudence, toutefois, quant le sujet provient directement de l'actualité : il faut que l'actualité soit commune aux deux groupes. Si les classes sont de pays différents, cela limite les sujets à l'actualité internationale. Le sort des Expos, en effet, ne fera pas vibrer les écoliers de Bourg-en-Bresse! Il vaut mieux se tourner vers des faits de société (Que penser de l'usage du téléphone cellulaire dans les endroits publics? ).


Les mots pour le dire

L'important, finalement, c'est que les jeunes apprennent à écrire en écrivant, il ne faut pas l'oublier. Les sujets, les formules, ce ne sont que des moyens pour réaliser des apprentissages d'écriture. Mettre deux classes en contact est un moyen intéressant de mettre les élèves dans une situation signifiante et motivante. Mais il ne faut pas s'arrêter là.

Il n'entre pas dans notre propos, ici, de détailler les contraintes de la didactique de l'écriture. Elles sont, en effet, les mêmes que pour toute production écrite : mise en situation, exploration du sujet, choix des idées, organisation du texte, rédaction, révision, correction. Mais il faut en outre tenir compte des caractéristiques spécifiques de la situation de correspondance.

Se décentrer

Tout d'abord, c'est la présence, à l'écrit, d'un interlocuteur réel et actif, que l'on ne connaît pas au départ et que l'on vise précisément à connaître à l'aide de l'écriture.

Il en découle que, davantage que dans n'importe quelle autre situation de communication écrite dans le cadre scolaire, il est essentiel pour l'élève d'apprendre à se mettre à la place de l'autre. Particulièrement si la classe jumelle est située dans un environnement géographique et culturel très différent du vôtre, il faudra montrer à l'élève à se décentrer et à objectiver son texte. L'objectivation, ici, ne saurait se limiter au contenu et à la structure du texte : elle doit aussi prendre en compte le contexte culturel, les particularismes régionaux, les niveaux de langue et les formes de la lettre (révisées à l'heure d'Internet!). La question que l'élève devra finir par se poser de façon quasi-réflexe, c'est : Est-ce que quelqu'un qui n'est pas d'ici peut comprendre ce que j'écris? Et il devra ensuite ajuster son message en conséquence.

Une relation qui évolue

L'autre particularité de la correspondance scolaire comme activité de communication écrite, c'est son caractère interactif dans une relation suivie. Il ne suffit pas que la lettre qu'on vient de rédiger se tienne sur le plan du contenu et soit correcte sur le plan de la forme (ce qui serait suffisant pour beaucoup d'autres textes scolaires); il lui faut en plus :

  • se situer correctement par rapport aux lettres précédentes (réagir à la lettre reçue, rappeler ce à quoi on réagit, répondre aux questions posées, revenir sur un événement annoncé, etc.);
  • faire avancer la communication (poser des questions, relancer un sujet, demander des nouvelles, raconter un fait nouveau, etc.).

Il faudra donc mettre en place des stratégies qui feront prendre conscience à l'élève, dans l'action, du fait que cette communication est un processus, une relation qui se développe dans le temps. D'où l'utilité pour l'élève de constituer un dossier de la correspondance échangée et de s'imposer, par exemple, de toujours relire la dernière lettre du correspondant avant même de commencer à rédiger la réponse. Des éléments de ce dossier pourront ensuite être intégrés dans le portfolio de l'élève ou du groupe.


En terminant...

Comme pour toute activité pédagogique intégratrice, il sera nécessaire, à certains moments-clés et à la fin de l'expérience, de faire le point avec le groupe sur les aspects collectifs du projet et d'amener aussi, s'il y a lieu, chaque élève à se questionner sur la démarche réalisée, de façon à s'ajuster pour la suite.

Qu'a-t-il appris sur lui-même à travers cette expérience? En quoi ressemble-t-il et en quoi diffère-t-il des jeunes de l'autre classe? Qu'a-t-il appris sur la langue française et sur les différences qu'elle présente d'un pays à l'autre? Quels avantages et quelles contraintes présente la correspondance télématique? En quoi est-ce différent du téléphone ou du clavardage? Etc.

Finalement, la correspondance scolaire se prête très facilement à des prolongements dans d'autres projets intégrateurs. La réalisation d'une exposition ou un rallye virtuel sont des expériences qu'il peut être fort intéressant de raconter et d'expliquer à ses correspondants; inversement, une lettre particulièrement originale ou intéressante de la classe jumelle pourra être présentée dans le journal sur le site Web du groupe. Et le projet de correspondance lui-même peut faire l'objet de reportages ou de témoignages destinés aux parents ou aux autres élèves de l'école: une superbe façon d'objectiver l'expérience et de réinvestir les apprentissages!

Nous vous souhaitons donc, à vous et à vos élèves, de fructueux échanges planétaires et des moments passionnants dans ce monde de la correspondance scolaire maintenant rendu si facilement accessible par les technologies et par Internet.